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Les hauts dirigeants du NPD n’ont pu bâillonner les délégués au congrès

Par Barry Weisleder

(Traduction libre de l’anglais)

Le congrès à Ottawa, du 16 au 18 février, ne marquait pas uniquement l’occasion de lancer Jagmeet Singh en tant que nouveau chef du Nouveau Parti Démocratique travailliste. Ce fut aussi une tentative, pas entièrement réussie, d’établir son contrôle sur l’appareil du parti et d’imposer un message politique timoré. À cet égard, ce fut un effort de promotion hautement centralisé, à la Jack Layton, conçu pour éviter la controverse et ainsi, restreindre le débat constructif.

D’abord, la direction du parti relégua au bas de la liste des priorités les motions progressistes, endossées par des douzaines d’associations de circonscriptions locales du NPD, qui portaient sur des enjeux tels que la démocratie, le Moyen-Orient, l’OTAN, l’ALÉNA, les nouveaux oléoducs, l’élimination des droits de scolarité postsecondaires, la propriété publique, la progressivité du régime fiscal, etc. Ainsi, on voulait s’assurer que ces motions ne furent pas soumises à vote au congrès. Des ateliers préliminaires, qui se sont déroulés tôt vendredi matin, ayant pour but de considérer des amendements à la liste de priorités déterminée par la bureaucratie du parti, furent dominés par l’aile droite et entravés par de nombreux obstacles procéduraux.

Néanmoins, des arguments contestataires et pointés furent avancés, et les membres de la base, comptant des centaines de jeunes et de nouveaux délégués, réussirent à effectuer des percées. Voilà qui s’annonçait l’élan du futur.

Durant le panel sur les politiques d’affaires extérieures, alors que plus de 400 personnes bondaient la salle, une motion visant à prioriser une version atténuée de la résolution proposant le boycottage, le désinvestissement et les sanctions (BDS) envers Israël fut débattue. Elle échoua par seulement 11 votes. Lors d’autres panels, les délégués ont lutté ardemment pour des motions promouvant des politiques de scolarité gratuite et la consultation par internet des membres du NPD sur les priorités politiques, ce qui a porté ses fruits.

Nombre des 1 751 délégués enregistrés au congrès ont exprimé leur désarroi devant l’obstructionnisme qui se dressait dans les parages. On eut recours à une série de motions d’ordres et d’arguments procéduraux afin de court-circuiter les résolutions établies en sessions plénières. Les supporteurs du Caucus Socialiste ont évité de telles tactiques, à une seule exception significative.

Nous avons contesté l’intimidation flagrante et les tactiques dominatrices employées par les sbires de Jagmeet (qui tentèrent de saisir contrôle de tous les microphones, pour et contre, et de museler les voix pour la Palestine lors du débat, samedi soir, sur les affaires mondiales), et nous avons été plutôt fructueux.

De ce fait, le cas de la prisonnière politique palestinienne Ahed Tamimi, âgée de 17 ans, emprisonnée par Israël pour avoir « embarrasser l’Occupation », fut rapporté à la télévision nationale. La couverture médiatique porta sur un groupe de délégués, plus d’une centaine en nombre, et principalement composé de jeunes, qui ont formé deux files au centre de la salle de congrès, brandissant des affiches sur lesquels on pouvait lire « Free Tamimi ». Le Caucus Socialiste a aussi réussi à recueillir une majorité (558 votes, 56,1 pour cent) afin d’ajouter 30 minutes à la session plénière pour débattre l’enjeu du Moyen-Orient. Malheureusement, nous n’avons pas atteint la majorité renforcée nécessaire de deux tiers des votes pour réussir à modifier l’ordre du jour. La politique adoptée, énonçant le statu quo, les-deux-côtés-sont-responsables-de-la-violence, la solution obsolète de la création de deux États, en laissa plusieurs à se demander ce qu’était devenu de l’engagement aux libertés civiles vanté par l’avocat Jagmeet Singh.

Alors que le temps filait, les socialistes n’ont pas tenté d’expédier des résolutions sur les politiques d’équité, même si les motions non controversées (tels que la modification du titre d’un comité du parti) ont empêché que soient abordés d’autres enjeux plus contentieux. Il va sans dire que nous avons voté en faveur de toutes les résolutions prônant l’équité.

Le Caucus Socialiste a voulu rationaliser le procédé, afin d’assurer plus de temps pour le débat de politique, en tentant d’amender l’ordre du jour, à l’ouverture du congrès. Même si nous n’avons pas gagné ce vote, ce geste contribua au succès ultérieur de la résolution avancée par le groupe Courage, visant à trouver de meilleurs moyens pour prioriser les résolutions. Malheureusement, la mesure finalement adoptée propose simplement un projet de recherche sur l’utilisation de l’internet pour consulter les effectifs du parti. De ce fait, il n’y aura pas de modification, avant le prochain congrès, au mécanisme existant de priorisation de résolutions excessivement corrompu et manipulateur. Ce sera peut-être pour le congrès suivant.

Plusieurs délégués (surtout ceux qui n’ont sont pas fanatiques du gradualisme au pas de tortue) m’ont remercié et d’autres compagnons du Caucus Socialiste d’avoir tenté d’amender l’ordre du jour. Sûrement, les nombreux conférenciers et les exposés informatifs auraient pu être présentés lors de sessions du soir. N’aurait-il pas été préférable de bénéficier d’activités instructives en alternative au souper avec le chef de parti à 300 $ le couvert ou les rencontres sociales soi-disant gratuites dans les bars aux prix dispendieux? Nécessairement, la base du parti continuera de lutter pour une démocratie plus ouverte au sein du NPD. Il faudra s’efforcer pour instaurer un programme allouant 70 pour cent du temps du congrès au débat de politique, à comparer au ratio méprisable de 42 pour cent observé au cours des congrès précédents des trois dernières décennies. On peut prédire avec confiance qu’au prochain congrès, le NPD appuiera la politique pro-BDS, un résultat impensable il y a seulement quelques années.

Le panel le plus marquant fut « Nation à Nation ». Les conférenciers invités étaient l’activiste-artiste Ellen Gabriel, l’enseignante et consultante anti-violence, Sahra MacLean, et Ian Campeau, un fondateur du groupe de musique A Tribe Called Red. Ils ont présenté des analyses anticapitalistes incisives et excitantes. De même, le chef du British Labour Party, Jeremy Corbyn, a envoyé un message vidéo de solidarité qui a fait soulever la foule, lorsqu’il affirma que « nos deux partis sont socialistes ». Ce fut la seule fois que le mot « socialiste » fut prononcé au-devant de la salle au cours de la fin de semaine.

Le Caucus Socialiste a célébré l’élection d’une de ses candidates à la direction (Dirka Prout pour coprésidente du Conseil des femmes du NPD) et fut ravi du fait que ses candidats ont reçu un soutien important durant les scrutins, avec Corey David recevant 16 pour cent des votes pour président, Gary Porter avec 27 pour cent pour Trésorier, Chris Gosse avec 20 pour cent pour vice-président de la main d’œuvre, et un appui populaire passant de 20 à 33 pour cent pour divers postes au sein de la direction et du conseil fédéral. Quel autre courant gauchiste à l’intérieur du parti présenta aux délégués un choix lors des scrutins pour la direction et le conseil fédéral? Quel autre mouvement au sein du parti a lutté pour des politiques socialistes honnêtes, ou encore pour un programme transitoire articulant les revendications de la classe ouvrière?

Les partisans du manifeste “Un bond vers l’avant” (Leap Manifesto en anglais) ont organisé une rencontre fougueuse d’envergure au Musée de la nature, mais ils ont choisi de ne pas intervenir au cours du congrès du NPD. Ceci a permis aux mandarins de l’establishment du parti de mettre au rancart toute discussion au sujet de la vision prônée par le manifeste. Courage mérite d’être reconnu pour son organisation pancanadien remarquable visant à promouvoir ses propositions pour une démocratie plus ouverte au sein du parti et l’éducation post-secondaire gratuite. De même, on doit féliciter le mouvement des Palestiniens, des Juifs progressistes et autres, qui ont conduit la campagne visant à interdire l’entrée au marché canadien des produits issus des colonies israéliennes illégales. Enfin, NPD Momentum a attiré un public modeste à une série d’événements appelé « Le Monde Transformé ».

Malheureusement, aucun de ces groupes n’a présenté une plateforme politique alternative ou une équipe de candidats pour contester l’establishment du parti de droite, ou encore moins, pour cibler le système capitaliste toxique. Malgré les efforts du Caucus Socialiste, autant avant que durant le congrès, aucun des leaders des groupes sous-mentionnés n’a démontré la volonté de collaborer sur des enjeux spécifiques ou des actions. Alors qu’une fusion des forces politiques n’est pas pour aujourd’hui, en raison des importantes différences entre les programmes et stratégies, une gauche unifiée pour l’atteinte d’objectifs particuliers est possible… et elle serait puissante, sinon irrésistible. L’unité dans l’action devrait être notre objectif commun.

Le forum sur la politique étrangère du Caucus Socialiste eut lieu vendredi soir et présentait l’auteur de Montréal, Yves Engler. Cet événement attira une grande foule et provoqua une excellente discussion qui a animé les délégués au cours des deux prochains jours, alors qu’on s’engageait dans des combats au congrès pour défendre une démocratie plus ouverte et certaines résolutions urgentes. Avec le soutien de douzaines d’associations de circonscriptions de partout au pays, plus de 20 résolutions du Caucus Socialiste furent comprises dans le cartable des projets de résolution du congrès. La table de présentation du cartable devenu un centre d’activisme, générant des revenus d’environ mille dollars. Plus de 35 personnes ont adhéré au Caucus Socialiste au cours du congrès. Loin de se sentir isolé, le groupe fut dynamisé par l’expérience.

Lors du vote de révision de la direction du parti, Jagmeet Singh a obtenu l’approbation de 90,7 pour cent des délégués, un résultat auquel on s’attendait alors qu’il avait accédé au poste de chef du parti il y a seulement quatre mois. Or, il a payé un prix politique pour ses tactiques maladroites de surcontrôle et son discours fade et décousu de 40 minutes. Singh a réussi à fâcher des centaines de jeunes, nouveaux membres, alors que les commentateurs sont demeurés perplexes. La chroniqueuse du Toronto Star, Chantal Hébert, résuma sobrement ainsi : « le discours du nouveau chef n’a pas marqué un grand départ du passé récent ».

L’approche de Singh vise à réduire l’inégalité sociale. Comment? En fermant les échappatoires fiscales, en augmentant l’impôt sur les sociétés, en façonnant un programme d’assure-médicaments pancanadien et des programmes de soins oculaires et dentaires, en réalisant la réconciliation avec les Premières Nations, et en prônant un système de scrutin proportionnel, selon ses dires. Or, en quoi cela diffère-t-il de l’approche du précédent chef discrédité, Tom Mulcair, surtout en l’absence de quelconques propositions audacieuses appelant les grandes entreprises à absorber ces coûts?

Singh a complètement évité le sujet des oléoducs (ignorant la guerre du vin et des mots entre les gouvernements NPD provinciaux de la Colombie-Britannique et de l’Alberta) et il demeura silencieux à l’égard du fléau des changements climatiques (est-il en faveur d’une taxe sur le carbone, d’un système de plafonds et d’échanges, ou de l’appropriation publique des géants de l’énergie afin de rapidement financer une transition rapide vers l’énergie verte?). Son plan général de politique ressemble plutôt à un roman mystère qu’à une plateforme d’un parti politique.

Au son du claquement à une seule main, les fonctionnaires du NPD ont décrété que la réunion serait un « congrès sans papier ». Or, l’application mobile dysfonctionnelle mise à disposition empêchait l’accès à l’information en temps opportun et constituait une source constante de frustration.

En fin de compte, l’image l’a emporté sur la politique, mais non sans difficulté. Si la balance du pouvoir ne penche pas vers la gauche aujourd’hui, il n’en faudrait que peu pour qu’elle bascule… surtout si les socialistes et les progressistes décident de s’unir pour défendre la cause commune de gagner le NPD et d’œuvrer pour un programme travailliste. Après tout, la victoire n’est pas gagnée sans lutter.

Justice climatique  et  pouvoir politique

Nous sommes à la veille d’un majeur et dangereux changement  climatique provoqué par la combustion d’énergies fossiles. De plus en plus de gens sont conscients de cette menace. La réaction va du fatalisme à une superficielle croyance optimiste  que, d’une façon ou d’une autre,  l’ingéniosité humaine prévaudra.

 

Que dit  la science?

   La science accroit  notre compréhension de ce qui se passe sur la planète au-delà du réchauffement climatique.

   L’époque Holocène correspond aux 11.000 années depuis la dernière période glaciaire, quand un climat relativement chaud et stable favorisa le développement de l’agriculture et de civilisations humaines complexes. De nombreux scientifiques pensent que nous sommes entrés dans une nouvelle époque, l’Anthropocène, en raison de l’impact profond de l’activité humaine sur la planète.

  La science maintenant parle d’un Système Terrestre qui consiste de plusieurs paramètres planétaires ou facteurs de changement au-delà desquelles la stabilité de type Holocène de la Terre serait compromise. En d’autres termes, les conséquences seraient potentiellement dévastatrices pour les sociétés humaines.

On compte au moins neuf de ces paramètres planétaires :

 Changement climatique entraîné par l’accumulation rapide de gaz de serre dans l’atmosphère.

 Changements dans l’intégrité biosphérique (perte de biodiversité), avec un taux d’accélération de l’extinction des espèces (10 fois plus élevé que celui de l’époque préindustrielle);

    Écoulements biogéochimiques, empoisonnement par l’azote dû à l’utilisation d’engrais chimiques à grande échelle;

     Appauvrissement de la couche d’ozone stratosphérique, augmentation des rayons ultraviolets atteignant la terre (l’interdiction des chlorofluorocarbones a partiellement corrigé la situation);

    Acidification des océans, qui entrainera   la mort des récifs de corail ainsi que celle de très nombreux poissons et  mammifères marins;

  Utilisation de l’eau douce,  épuisement des principaux aquifères et assèchement des sources de rivières;

     Changement dans la gestion des terres,  expansion de l’agriculture à 42% des terres libres de glace en réduisant considérablement la couverture naturelle du sol.  

     Concentration atmosphérique d’aérosols (pollution de l’air), responsable de plus de 7 millions de décès chaque année dans le monde entier;

   Introduction de nouvelles entités (pollution chimique), des centaines de milliers de produits chimiques,   nanomatériaux et polymères plastiques rejetés dans l’environnement, ainsi que les organismes génétiquement modifiés et les matières radioactives.

   L’Anthropocène date de la moitié du 20è  siècle.  C’est alors que les facteurs de changement  du système terrestre commencent à monter en flèche. Nous appelons cela, la Grande Accélération.

Comme d’habitude

   La CdP-21 (Conférence des Parties), accord sur le climat à Paris en  2015, s’est fixé l’objectif ambitieux de limiter la hausse de la température moyenne mondiale à moins de 2 et de préférence de 1,5 ° C par rapport aux niveaux préindustriels.

   Cependant, il n’y a pas d’engagements contraignants pour réduire les émissions de gaz à effet de serre et pas de dates limite. Les objectifs sont facultatifs.  On ne parle même pas de combustibles fossiles. Daniel Tanuro, éco-socialiste belge dit que le verre de la CdP-21  est à 80% vide. Le climatologue James Hansen va plus loin encore, parlant  de  «fraude vraiment, une imposture”.

   Les concentrations atmosphériques de CO2 ont atteint  plus de 408 ppm et ne cessent d’augmenter. On pense qu’elles n’ont jamais dépassé les 250 ppm au cours des deux derniers millions d’années. Pour garder la hausse de la température mondiale en dessous de 2 ° C, il peut encore entrer dans l’atmosphère un maximum de  1 billion de  tonnes de CO2 – En 2016 on avait déjà atteint 601 milliards de tonnes de plus. Nous devons réduire les émissions de 3% par an dans le monde entier et de 6 à 8%  par an dans les pays riches afin de ne pas défoncer le budget carbone.

   Personne ne devrait  attendre la CdP-21  pour atteindre ces objectifs. Ce sera comme d’habitude. L’irresponsabilité des hommes d’État du capitalisme mondial et des chefs d’entreprise n’est pas due à la tromperie, la cupidité ou même à une fausse idéologie comme le néolibéralisme, même si tous ces éléments sont présents. Elle est due à leur rôle de  gardiens du système. Ils comprennent les dangers auxquels nous faisons tous face mais leur loyauté au système et à sa sauvegarde à tout prix, les empêche d’agir autrement.

Qu’est-ce que le capitalisme? Ou “S’il vous plaît arrêtez-moi. Je ne peux pas m’en empêcher.  

  Certains rejettent le terme, Anthropocène, car cela implique que  l’humanité entière est responsable du changement climatique et que cela dégage les capitalistes de leur responsabilité.  Pour moi, c’est une futile bataille de mots sans conséquence.. Le capitalisme n’échappe pas au contrôle des êtres humains. C’est un produit de l’histoire humaine et dans des circonstances historiques données, on peut en venir à bout.

   Bien sûr, le capitalisme est intimement lié à la crise climatique. Nous pourrions emprunter et paraphraser la maxime du philosophe allemand, Max Horkheimer, sur le fascisme et dire que  «Celui qui ne veut pas parler de capitalisme ne devrait pas se prononcer sur le changement climatique.”

   L’historien canadien, Bryan Palmer, a décrit  le capitalisme comme un système “défini par sa dépendance à soutirer de la plus-value d’une   population salariée non propriétaire   et mû par une logique implacable de l’accumulation.» (Bryan D. Palmer, “Cultures of Darkness”, Monthly Review Press, p .405). Il est animé par la recherche incessante de profit, multipliant la production de produits en fonction de leur valeur d’échange plutôt que de leur valeur d’usage, passant les coûts à la société et à la nature.  Comme l’a dit liste, Joseph Schumpeter, : “le capitalisme non seulement ne l’est jamais, mais ne peut jamais être stationnaire … un capitalisme sans croissance est une contradiction en soi.

   Et cette croissance est potentiellement exponentielle. A 3% de croissance par an, le PIB mondial serait multiplié par 16 en un siècle,  par 250  en deux siècles et  par 4000  en 3 siècles. Pas étonnant que la planète riposte!

   Assurément, le capitalisme engendre des dépressions économiques périodiques et des guerres qui résultent en   liquidation massive de capitaux,  dislocation sociale et   perte de vies. Cependant, seulement une vision misanthrope peut considérer cela bon pour la planète.

   Marx avait déjà remarqué que, parallèlement aux progrès de l’industrie et de la science, le capitalisme avait un côté destructeur. Il a comparé le Capital  à «une idole païenne hideuse qui ne boirait le nectar que du crâne des tués.”

   Marx a utilisé le concept de «rupture métabolique» pour décrire l’aliénation entre  société et  nature sous le capitalisme. Par contre,  la majeure partie de la gauche au 20ième siècle est tombée dans le piège du «productivisme», soit hypnotisée par les avancées technologiques de l’industrie capitaliste ou sous l’emprise de la doctrine stalinienne de marche  forcée vers le socialisme dans un seul pays.

 

Le capitalisme fossile

 La destruction de l’environnement est dans l’ADN même du capitalisme. Mais c’est la dépendance du système aux  combustibles fossiles qui nous a menés  au bord de la catastrophe climatique.

   Dans son livre, Fossil Capitalism, l’éco-socialiste suédois, Andres Malm montre comment la révolution industrielle en Grande-Bretagne a été le point de départ de l’économie des combustibles fossiles. Poussés par la concurrence pour trouver un moyen plus efficace d’exploiter la main-d’œuvre, les propriétaires d’usines britanniques ont choisi le charbon et la vapeur plutôt que la puissance de l’eau. La Grande-Bretagne a servi de modèle et a été le premier producteur mondial de gaz à effet de serre dès la fin du 19ème siècle.

  L’augmentation des émissions est désormais au cœur de la logique du capital. Partout où le capital ira  pour accroitre ses profits, les émissions augmenteront. La Chine est à présent le plus important producteur mondial de gaz à effet de serre et sa pollution atmosphérique rappelle celle du 19ème siècle en  Grande-Bretagne mais à beaucoup plus  grande échelle. Comme le dit Malm: les combustibles fossiles sont “le levier général de la production de la plus-value” et “le moteur  de l’énergie pour les rapports de propriété bourgeois.”

    Tant que ce sera rentable, l’extraction du charbon et du pétrole continuera.  La consommation de combustibles fossiles est essentielle  au monde capitaliste dans son ensemble : fabrication, agriculture,  transport et  distribution,   chauffage,   militarisme et   guerre.

 

Un programme Eco-socialiste

   Notre tâche ne consiste pas à lutter  contre le système dans l’abstrait. En fait, le capitalisme actuel est un  capitalisme fossile. L’exigence de réduire et en bout de ligne d’arrêter l’industrie des combustibles fossiles a donc des implications révolutionnaires.

   Les gouvernements doivent s’engager à réduire de façon importante les émissions de gaz à effet de serre. Pour maintenir la hausse des températures en dessous de 1,5 C, nous devons réduire  de 80%  la consommation de combustibles fossiles d’ici 2050.

    Nous disons non à de nouveaux oléoducs (pipelines) et au développement des combustibles fossiles. Naomi Klein a inventé l’expression ‘Blockadia’. Cela revient à jeter du sable dans l’engrenage.

     Oui à la production d’énergie renouvelable, mais  que ce soit un remplacement et non un supplément  au pétrole, gaz et charbon. La conversion de la grille d’énergie en énergie éolienne, géothermique,   vagues et surtout solaire est une tâche colossale mais elle peut et doit être accomplie.

     Non à l’énergie nucléaire. C’est une bombe à retardement  pour les générations futures, comme le prouve la catastrophe de Fukushima .

     Donner un prix de marché au carbone est futile. Cela détourne l’attention de mesures efficaces. Le négoce des droits d’émission a été un échec lamentable en Europe. Les  taxes sur le carbone au point de consommation sont des mesures régressives. Une taxe sur le carbone à la source avec tous les revenus redistribués à la population est supportée par James Hansen, un scientifique à l’avant-garde de la lutte pour la stabilisation du climat.

   Mais le problème est si urgent et si énorme que des changements plus radicaux s’imposent. La nationalisation sans compensation des Géants du pétrole  et des grandes banques sous un contrôle  démocratique des travailleurs et de la communauté est une nécessité clé. Ce n’est qu’en s’emparant des énormes ressources des géants de l’énergie et du secteur financier, que nous nous pourrons éliminer progressivement les combustibles fossiles et mettre en place  un système d’énergie alternative.

L’industrie automobile, sous  le contrôle des travailleurs, doit devenir propriété publique pour que la conversion du transport automobile de masse en de nouveaux modes de transport durables soit possible.

   Nous devons exiger une réduction radicale de la semaine de travail à 30 heures ou moins, sans perte de salaire. La réduction du temps de travail est une condition préalable à la participation démocratique. Les travailleurs déplacés d’emplois inutiles ou nuisibles doivent être formés  pour de nouveaux emplois à faible teneur en carbone avec des conditions de travail et des salaires syndicaux. L’accès gratuit à l’enseignement supérieur devrait être un droit tout au long de la vie.

   Sur le plan international, nous devrions adhérer au principe d’objectifs communs, responsabilités différenciées. La dette climatique due par les pays riches exige le transfert gratuit de technologies renouvelables à l’hémisphère Sud afin qu’il puisse éviter les combustibles fossiles. Nous défendons les droits des réfugiés. Nous devons protéger les victimes de la désertification, des mauvaises récoltes, des inondations et d’autres catastrophes.

   Nous devons nous opposer au militarisme et la guerre. Le Pentagone et l’OTAN  sont responsables d’une énorme production de déchets, de pollution et de destruction à travers le monde. Ils font office de  «service mondial  de protection du pétrole” pour les intérêts impérialistes occidentaux. Nous sommes en faveur d’une conversion des forces armées en un corps de volontaires pour restaurer les écosystèmes et prêter assistance aux victimes de phénomènes météorologiques extrêmes, de la montée  du niveau des océans et d’autres effets du réchauffement climatique.

   L’agriculture écologique devrait remplacer les grandes entreprises agroalimentaires  et les élevages industriels  qui comptent sur les engrais chimiques et le pétrole.  La nourriture devrait être produite biologiquement et distribuée localement dans la mesure du  possible. Nous devons mettre un terme à la  dégradation du sol et des océans  et faire marche arrière,  rétablir les forêts, les savanes, les terrains marécageux, côtiers et les habitats marins.

   Le renforcement des droits des femmes est essentiel à la lutte pour stabiliser le climat, en particulier le droit à l’éducation, au divorce, à la connaissance et aux techniques de contrôle de reproduction, dont la contraception et l’avortement, et pour que la société soit responsable de la prise en charge et de la protection des enfants.

  Il est inutile de tourner autour du pot. Les changements décrits ci-dessus signifient  la nécessité d’une révolution socialiste.

La justice climatique dans l’État canadien

    L’État canadien allié aux géants du pétrole et aux grandes banques veut faire du Canada une superpuissance énergétique du 21e siècle. Mais il est confronté à un problème. Les nouveaux oléoducs rencontrent de la résistance. La population est consciente du danger du transport et de l’exportation du pétrole, tout particulièrement celui venant des sables bitumineux et de la fracturation. À l’origine, ceci est un conflit de classes, basé sur deux visions diamétralement opposées de la société.  Par-dessus tout cela,  on retrouve  les tensions nées de l’oppression nationale qui a marqué la fédération canadienne depuis sa création. L’opposition à de nouveaux oléoducs est plus forte parmi les populations autochtones et les Québécois.

   Le gouvernement fédéral libéral cherchera les meilleurs moyens  de vendre un développement «responsable» d’oléoducs et de sables bitumineux.  Il espère s’assurer une «licence sociale» des Premières nations et de l’ONG pour les nouvelles infrastructures de combustibles fossiles.  En fait,  cette approche est maintenant celle de l’industrie du pétrole et du gouvernement néo-démocrate de l’Alberta. Face à ce «greenwashing» (ou, blanchissement écologique) nous devons rester fermes contre Énergie Est et autres projets d’oléoducs pour exporter le pétrole sale des sables bitumineux.

 

Keynésianisme vert

   Le concept d’un   New Deal  vert envisage la création d’un secteur vert mixte, public et privé. Il inclut la notion de «transition juste» vers des emplois «décents» pour les travailleurs déplacés des secteurs à haute teneur en carbone. Le Parti libéral s’est légèrement inspiré  de ce menu pour se donner des allures de gauche lors de la dernière campagne électorale fédérale.

   Un New deal vert est attirant, car il semble proposer une alternative à l’austérité capitaliste et un moyen de sortir de la crise climatique. En effet, certaines de ses propositions, comme le développement  massif du transport en commun, devraient être soutenues.

   Mais pris dans leur ensemble ces schémas sont faux.  Ils reposent sur l’accumulation et la croissance continues de Capital , ce qui est incompatible avec la réduction drastique des émissions nécessaire pour atteindre les niveaux requis. Les précaires emplois verts, à bas salaires ne passeront pas le test de la «décence». Il n’y a aucune intention de saisir  les richesses des géants de l’énergie ou des grandes    banques, mesure nécessaire à tout plan sérieux  pour éliminer progressivement les combustibles fossiles et  stabiliser le climat.

 

La question de classe

    Le capitalisme mondial engendre  non seulement une crise climatique, mais aussi une crise sociale et économique à l’échelle de la planète.  3 milliards de personnes manquent d’essentiel. Ce sont eux qui seront les plus touchés par le changement climatique. L’économie mondiale est embourbée dans la stagnation. Le cycle d’accumulation est au point mort. Les états capitalistes les plus riches tentent d’exporter la crise, tout en serrant de plus en plus  la ceinture de leur propre classe ouvrière en lui imposant l’austérité.

    Il y a donc deux volets à la crise,  la destruction de l’environnement et l’incapacité de satisfaire les besoins humains de base. La justice climatique et la justice sociale ou de classe sont intimement liées.

    Le livre de Naomi Klein This Changes Everything, a été critiqué pour ne pas parler explicitement ni de capitalisme ni de classe. Pourtant, dans  les descriptions qu’elle fait de la résistance dans le monde entier aux  multinationales prédatrices, elle décrit en fait  la lutte de classes. On pourrait dire la même chose des grèves étudiantes massives du Québec de 2012.

    Il faut  sauver des concepts tels que   lutte de classe et  classe ouvrière, du voile mystificateur idéologique que certains ont tenté de leur imposer.

  Bien sûr que  nous ne vivons pas une époque révolutionnaire. Cela est évident. Mais même ainsi, nous devons aller de l’avant en utilisant des moyens révolutionnaires.

    Par  classe ouvrière, nous entendons tous ceux dont l’existence dépend de l’exploitation directe ou indirecte de leur force de travail par le capitalisme – dans la production, dans les services ou dans la reproduction de la force de travail.

    Pourquoi la classe ouvrière est-elle importante

    Parce que seule la classe ouvrière a le pouvoir et le poids stratégique d’empêcher la machine de fonctionner,  d’arracher d’importantes concessions  du patronat et de paver le chemin vers une transformation éco-socialiste.

    Nous voulons construire un mouvement de masse unitaire puissant avec coordination à l’échelle mondiale. Il faut prioriser les mobilisations de masse régulières portant sur des revendications clé. La défense du climat peut à elle seule réunir des millions de personnes.  

   L’indépendance politique est un autre principe important. Cela veut dire ne pas faire confiance à des partis, aux  dirigeants et aux  organisations pro-capitalistes Il faudra mobiliser ceux qui croient  au pouvoir d’autocorrection du système. Ce qui importe c’est que nous nous réunissions autour de revendications  de principe qui font progresser la cause  de la justice climatique.

   Une vaste campagne d’information sur l’urgence climatique s’impose.  Le manifeste Un bond vers l’avant, récemment approuvé à des fins de discussion par le NPD fédéral, est un excellent outil pour une prise de conscience  menant à l’action. Il a le grand mérite de souligner l’urgence de la situation et demander  l’arrêt immédiat de l’exploitation des combustibles fossiles.

 

Les syndicats

   Il a été difficile de gagner des travailleurs syndiqués à la lutte pour l’environnement. De nombreux travailleurs craignent que faire ce qu’il faut pour  l’environnement va menacer leurs emplois.

    Cependant, le problème vient d’une cause plus profonde. Depuis 40 ans, le mouvement syndical a été sur le recul. Les travailleurs n’ont pas exercé leur puissance collective pendant très longtemps. En outre, la direction bureaucratique des syndicats cherche des arrangements avec les employeurs et a peur d’un syndicalisme social et politique radical. Tout comme ils croient à un  «capitalisme social»  , ils croient aussi à un «capitalisme vert».

    Alors que les crises du capitalisme  s’approfondissent, on peut prévoir  une reprise de la lutte dans les meilleures traditions du mouvement ouvrier. Dans la mesure où les travailleurs redécouvriront leur force  et ne succomberont  pas à la démoralisation,  ils reprendront la lutte pour leurs intérêts et ceux   de l’humanité tout entière, renforçant, dans la foulée, l’action de masse dans son ensemble.

Il y a des signes avant-coureurs qui témoignent de de cet éloignement du syndicalisme d’affaires.

   -Au milieu de négociations difficiles, le Syndicat canadien des travailleurs et travailleuses des postes ont lancé une campagne pour une  banque postale,  le développement de  la livraison à domicile pour les personnes âgées, et une flotte de véhicules postaux électriques  dans le cadre d’une transition «verte».

   -Les 250.000 membres de l’Union nationale des mineurs d’Afrique du Sud (NUMSA) se battent  pour une approche de lutte des classes au changement climatique, basée sur la propriété publique du système énergétique.

   -la Fédération internationale des travailleurs des transports réclame  la «libération des secteurs clés de la vie économique des impératifs du profit et de la consommation (en augmentant)   la propriété sociale et démocratique des industries qui produisent des émissions.”

   – Des travailleurs de l’automobile suédois ont lancé une campagne pour la conversion de l’industrie automobile en un transport vert, de propriété publique et sous  le contrôle des travailleurs (voir Lars Henriksson, “Can Autoworkers Save the Climate, jacobine, Octobre 2015)

 

La voie à suivre

  Des mesures radicales doivent être prises maintenant afin d’éviter les pires effets du changement climatique auquel nous sommes confrontés. Une transformation socialiste ne pourra pas résulter d’une seule  majorité parlementaire. Il faut une révolution. Cela veut dire une rupture avec l’État capitaliste et les institutions dominantes de la société bourgeoise et la nécessité de les remplacer par de nouvelles institutions basées sur la classe ouvrière sous contrôle démocratique. Les tâches écologiques auxquelles  l’humanité est confrontée ne font que souligner l’urgence et l’importance d’un tel changement révolutionnaire.

   De même, la route  vers le  socialisme et le pouvoir de la classe ouvrière  devra passer par les luttes pour la libération nationale. Cela est vrai pour les pays sous les griffes de l’impérialisme occidental. Dans l’État canadien, cela  s’applique aussi aux peuples du Québec et des Premières nations.

    Ces idées révolutionnaires étaient autrefois une force puissante dans le mouvement ouvrier.  Elles peuvent le redevenir au cours des luttes qui nous attendent. On a besoin d’une aile gauche du mouvement de lutte de classes qui mette au défi la bureaucratie qui domine le mouvement ouvrier. Au Canada, nous parlons de ceux qui contrôlent les syndicats du CTC (Congrès des Travailleurs Canadiens) et du NPD. Ils doivent être délogés et remplacés par des dirigeants de la classe ouvrière militante.

    Les conditions pour une transition vers le socialisme   sont très différentes aujourd’hui de celles du 20ème siècle. Il faut toujours exproprier les expropriateurs. Mais il faudra produire et consommer moins,  du moins dans les pays capitalistes développés, tout en tenant compte de la rareté de l’énergie dans les  pays les plus pauvres. Cela veut dire une augmentation  de main-d’œuvre dans les domaines liés à l’environnement, en particulier l’énergie et l’agriculture, ainsi que dans le domaine de l’éducation, de la culture  et de soins à la personne.

   Il y a une dimension politique essentielle à la lutte pour une société éco-socialiste. Nous devons bâtir  un parti ouvrier révolutionnaire de masse. Ce n’est qu’un tel parti qui nous permettra de synthétiser les leçons du mouvement de masse, qui  aidera les travailleurs et les opprimés à engranger des victoires et à se préparer aux  moments de rupture révolutionnaire, lorsque la question du pouvoir, dont la classe sera maîtresse, se posera au niveau de l’état.

  La  Ligue pour l’action l’socialiste / Action socialiste est une organisation de socialistes révolutionnaires à travers l’État canadien. Nous sommes actifs dans le mouvement ouvrier, la solidarité internationale, les mouvements anti-guerre, de justice  envers les femmes et le climat. Nous tenons des ateliers d’éducation, participons à des manifestations et  travaillons à  la construction d’un  Caucus socialiste du NPD, et d’une tendance socialiste à  Québec Solidaire. Si vous êtes d’accord avec notre vision, joignez-vous  à nous dès aujourd’hui.  Nous devons unir nos forces pour changer le monde – le plus tôt sera le mieux.

 

Robbie Mahood

août 2016

Bibliographie:

Ian Angus, Facing The Anthropocene, Monthly Review Press , 2016

Daniel Tanuro, L’impossible capitalisme vert, La Découverte, 2012