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Révolte contre l’autoritarisme à Hong Kong. Interview avec Lam, marxiste révolutionnaire hongkongais.

07:30

Le 1er juillet, des millions de jeunes et de travailleurs d’Hong Kong envahissaient le Parlement pour exiger l’abandon du projet de loi d’extradition vers la Chine. L’ampleur, la radicalité et la détermination de ces manifestations ont obligé Carrie Lam, cheffe exécutif de HK, à abandonner son projet. Nous avons interviewé  Lam, militant communiste révolutionnaire hongkongais, afin d’avoir un point de vue vivant sur ce mouvement inédit et sur la politisation qui traverse la jeunesse d’Hong Kong et de Chine.

Anticapitalisme & Révolution : Les manifestations ont émergé suite à l’annonce par Carrie Lam, cheffe de l’éxécutif de Hong Kong, de la loi d’extradition vers la Chine, permettant au Parti communiste chinois d’arrêter des militants hongkongais qui serait une menace à la « sûreté nationale ». Pour Lam et le patronat hongkongais, quels sont les objectifs politiques derrière cette loi d’extradition ?

Lam: Une des caractéristiques des événements actuels, c’est le fait que Carrie Lam priorise la satisfaction des revendications du régime du Parti Communiste Chinois, même pas celles des capitalistes de Hong Kong, sur celles du peuple de Hong Kong. Les capitalistes locaux craignent eux aussi de subir l’extradition vers la Chine continentale s’ils froissent la bureaucratie du PCC.

Carrie Lam a voulu expédier le passage de cette loi pour gagner la confiance du Xi Jinping.

Le régime du PCC a deux objectifs principaux. Le premier est l’extradition vers le continent des bureaucrates et des magnats chinois corrompus qui ont fui vers Hong Kong. Avant, le gouvernement chinois envoyait des gens pour extraire directement ces personnes et les ramener sur le continent, mais ces méthodes ont été critiquées, vues comme un dépassement de sa juridiction par la police chinoise.

Deuxièmement, cette loi d’extradition est faite pour être utilisée contre les opposants politiques au PCC à Hong Kong. Celles et ceux qui critiquent ouvertement et sévèrement les dirigeants et le gouvernement chinois, ou les hongkongais qui ont aidé des militants chinois de la démocratie à s’enfuir vers Hong Kong, se trouveraient en grand danger si ce projet de loi était adoptée.

Fin avril, alors que la loi d’extradition allait passer, un libraire de Hong Kong qui a fait plus de 8 mois de prison en Chine continentale, Lam Wing-Kee, a décidé de fuir Hong Kong pour Taiwan. Lam a publié des livres sur la vie privée de Xi Jinping, ce qui a provoqué la colère du PCC.

De plus, les militants de Hong Kong qui aident les mouvements sociaux, du travail, pour les droits humains, ou les ONG, peuvent aussi être accusés de “subvertir la sécurité nationale” par le régime chinois et subir l’extradition.

Même si le colonialisme britannique a pris fin à Hong Kong en 1997, et que Hong Kong est formellement revenu à la Chine, la ville vit toujours selon l’arrangement “un pays, deux systèmes” : Hong Kong conserve un système légal et politique distinct de celui de la Chine continentale. Les hongkongais ont la liberté d’expression et de réunion. Ils et elles sont aussi plutôt mieux protégés par une justice (relativement) indépendante. Alors que la Chine continentale est toujours sous un régime autoritaire de parti unique, où le peuple manque de protections légales, la possibilité d’extradition ouvrirait une brèche par laquelle des hongkongais pourrait être injustement envoyés en procès en Chine continentale à tout moment.

A&R : Depuis la France nous voyons que ce mouvement assume un niveau élevé d’affrontement face aux forces de l’ordre et exprime un niveau d’auto-organisation important. Nous avons tous vu avec admiration l’envahissement du Parlement d’Hong Kong. Peux-tu nous expliquer comment se structure ce mouvement, quels sont ses références idéologiques et les organisations qui le constituent ? Quels sont les limites et obstacles que le mouvement doit dépasser pour pouvoir se renforcer ?

Lam: La série de manifestations massives qui ont lieu de juin à juillet ont été menées par une organisation de front unique, le Front Civil des Droits Humains. Il est composé de plus de 50 partis politiques et groupes de la société civile pan-démocratiques, notamment des syndicats, des organisations pour les droits des femmes, des associations de quartier, des militants étudiants et des partis d’opposition. Cela dit, les deux millions de personnes qui ont rejoint les manifestations ne l’ont pas fait grâce à l’autorité morale du Front Civil des Droits Humains, mais car ils s’identifiaient à la cause anti-extradition.

La tentative d’occupation du Parlement le 1er juillet et les tentatives précédentes d’encercler le QG de la police ont été organisées par les manifestantes et manifestants les plus jeunes et radicaux via Internet. Cela n’a été le fruit de la direction d’aucune organisation politique ou sociale. Pour échapper à la persécution gouvernementale, les jeunes manifestants ont fait exprès de ne pas établir d’organisations, et ont choisi à la place d’utiliser Telegram ou d’autres logiciels pour transmettre l’information à courte portée. Des signes de mains étaient utilisés sur le terrain, dont l’efficacité était augmentée par la forte camaraderie qui lie les jeunes manifestants.

Ni les citoyens qui rejoignaient les manifestations ni les jeunes qui participaient aux tentatives de sièges ou d’occupations n’ont d’idéologie définie. On pourrait peut-être les appeler des militantes et des militants de la démocratie, c’est-à-dire contre l’autoritarisme du régime RAS/PCC1, et pour la défense des libertés et des droits humains à Hong Kong, ainsi que pour des élections démocratiques.

Les “localistes” d’extrême-droite qui en appelait à “Hong Kong d’abord” ont eu une forte influence pendant le Mouvement des Parapluies de 2014 et durant environ les deux années qui ont suivi, mais ils ont été considérablement affaiblis en termes de leur capacité à mobiliser dans la période précédent le mouvement actuel anti-extradition. Pour autant, ils ont encore une certaine prise idéologique sur les jeunes. Cela s’exprime principalement chez une partie de la jeunesse par une nostalgie du régime colonial britannique, le rejet des chinois du continent, ou des tendances aventuristes lors des actions.

La plus grande faiblesse du mouvement actuel contre l’extradition réside dans son incapacité à devenir une plateforme de lutte unifiée qui soit démocratiquement et responsablement coordonnée. Cela empêche les manifestants issus de différents milieux et ayant différentes idées de se coordonner efficacement. Ils et elles ont dû agir seuls. Les différences d’orientation et de stratégie se sont souvent exprimées unilatéralement sur internet plutôt que dans des échanges approfondis en face- à-face qui pourraient clarifier nombre de questions fondamentales.

Par exemple, depuis le début du mouvement, des personnes ont proposé une grève politique et de solidarité avec la lutte des citoyens du Wuhan contre les incinérateurs et les centrales électriques qui polluent. Les tenants de cette idée cherchaient à gagner le soutien du peuple de Chine continentale au mouvement de Hong Kong. Ces idées très importantes n’ont pas été sérieusement discutées.

Au contraire, certains militants ont utilisé le G20 le mois dernier pour demander à Trump ou à d’autres grands dirigeants mondiaux de “Libérer Hong Kong”. Pourtant une telle position peut facilement s’interpréter comme la recherche d’un point d’appui chez les gouvernements des Etats-Unis et d’Europe pour faire pression sur la Chine, subordonnant objectivement le mouvement anti-extradition aux jeux de pouvoir politiques cyniques des puissances occidentales. Le mouvement deviendrait ainsi un pion dans des négociations de couloir, à jeter après usage. Cette position fournirait aussi au régime du PCC des arguments pour calomnier le mouvement de masse hongkongais, et diviser le peuple de Hong Kong du peuple de Chine continentale.

Pourtant, ces stratégies divergentes n’ont pas pu être clarifiées par une modalité d’organisation qui les rassemble.

A&R : Le mouvement que connaît HK aujourd’hui reprend le flambeau de la « Révolution des parapluies », exigeant le droit au suffrage universel. La jeunesse était très active en 2014, mais on a constaté une absence importante de la classe ouvrière et de ses organisations syndicales. Aujourd’hui, dans ce mouvement, quel est le rôle de la classe ouvrière ? Y a-t-il des liens qui se créent entre la jeunesse scolarisé et le monde du travail ?

Lam: Le mouvement ouvrier de Hong Kong a connu un passé glorieux. La grève des marins de 1922 et la grève générale de Hong Kong et Canton de 1925-1926 ont ébranlé l’impérialisme britannique, mais le mouvement ouvrier a depuis connu un déclin. A court terme, il ne sera pas facile de lancer une grève assez puissante pour ébranler la société.

Le syndicat enseignant et le syndicat du travail social ont appelé à la grève le 12 juin. Il y a même des groupes de jeunes qui vont volontairement dans les quartiers commerciaux pour ouvrir des piquets de grève. Il existe une organisation étudiante, la “Coalition pour l’Action Ouvrière et Etudiante”, qui appelle les travailleuses et les travailleurs à rejoindre la lutte contre le projet de loi d’extradition.

Même si la grève ne s’est pas concrétisée, l’idée de grèves politiques a provoqué une vague de discussions en ligne. Ces phénomènes marquent un développement par rapport à ce qu’était la conscience politique du Mouvement des Parapluies de 2014.

Je pense que les socialistes révolutionnaires de Hong Kong ont une responsabilité cruciale. Ils peuvent approfondir les discussions autour des grèves politiques, et guider les discussions stratégiques vers l’établissement d’organisations contrôlées par les masses elles-mêmes, ainsi qu:’expliquer en quoi la lutte pour une démocratie politique ou civile est inséparable de la lutte pour l’égalité économique.

A&R : Depuis la crise de 2008 le pouvoir exécutif renforce ses mesures répressives et les mesures antisociales vis-à-vis des exploités. Au-delà des revendications démocratiques, ce mouvement revendique-t-il aussi des mesures concrètes pour l’amélioration des conditions de travail et d’existence pour les jeunes et les salariés ? Carrie Lam, chefe de l’éxécutif de Hong Kong, a annoncé la report de la loi d’extradition suite à la manifestation de 2 millions de personnes (sur un pays de 7 millions). S’agit-il d’une victoire pour le mouvement ? Quels sont les perspectives pour les manifestants ? Qu’en est-il de la revendication pour le suffrage universel et pour les droits démocratiques ? Dirais-tu qu’il y a une radicalisation de la jeunesse et du monde du travail à Hong Kong et en Chine ? Cela a-t-il un impact sur l’influence des idées communistes, révolutionnaires et de ses organisations ? ?

Lam: Le mouvement actuel reste centré autour d’une question, le retrait du projet de loi d’extradition et la protection des droits humains élémentaires. Cela a cependant évolué récemment, l’exigence d’élections démocratiques est venu s’ajouter. L’ajout de revendications pour l’amélioration des conditions de vie et de travail des travailleurs et de la jeunesse dépendra des militants qui se réclament d’une perspective lutte de classe.

Bien que Carrie Lam n’ait que reporté et non pas annulé le projet, je pense qu’il y a peu de chances qu’elle tente de le refaire passer avant la fin de son mandat. D’une certaine manière, le mouvement a remporté une victoire partielle, mais le pousser jusqu’à la chute de Carrie Lam ne sera pas facile.

Bien que les appels à la grève ouvrière et étudiante ne se soient pas concrétisés, l’idée nouvelle d’une grève politique, ses possibilités et ses implications, fait déjà partie du débat public. Elle fait réfléchir les masses. Si le mouvement veut remporter davantage de succès, il doit rapidement abandonner son manque de structuration, et insister sur son indépendance politique.

Je pense que la crise socio-économique et les contradictions de classe s’exarcerbent rapidement à la fois à Hong Kong et en Chine continentale, sans signes d’accalmie en vue. Même si la crise ne va peut-être pas éclater immédiatement, elle sera extraordinairement aigüe lorsqu’elle viendra.

A l’heure actuelle, la jeunesse de Hong Kong et de Chine continentale n’est globalement pas politisée, mais une partie d’entre elle a clairement commencé à se tourner vers la politique et réfléchit aux solutions fondamentales dont la société a besoin. Sous la bureaucratie autocratique de Xi Jinping, il est dangereux pour les jeunes et les travailleurs de s’auto-organiser et de communiquer ouvertement entre eux. C’est presque impossible. En revanche, des espaces privés d’échange d’idées existent encore.

Plus encore, il y a des signes que la jeunesse de Chine continentale s’intéresse de plus en plus aux idées de la révolution et du communisme, dans sa recherche d’une alternative hors du libéralisme bourgeois et du maoisme (le stalinisme chinois). Il y a même une minorité qui approuve les traditions du trotskisme. Les socialistes révolutionnaires à Hong Kong ont toujours utilisé la relative liberté de la ville pour diffuser les idées révolutionnaires à la jeunesse de Chine continentale. Le travail le plus précieux que nous puissions faire en Chine continentale à l’heure actuelle est la tâche fondamentale de diffusion des idées du marxisme classique.

Lam Chi Leung est un militant socialiste révolutionnaire basé à Hong Kong.

1 NdT : RAS = Région admnistrative spéciale, nom du système d’exception qui régit Hong Kong.

Forum sur La Politique Quebecoise: “ECOSOCIALISME ET LUTTES DE CLASSE DANS LA PERIODE À VENIR”

Comment pouvons-nous construire une opposition efficace à la vandalisme climatique, à l’austérité et au bouc émissaire des immigrés et des réfugiés?

Rejoignez-nous pour une discussion avec MARC BONHOMME, blogueur prolifique et

socialiste dans les rangs de Quebec Solidaire, , et ROBERT MCBRYDE, activiste de la justice

climatique et fondateur de Leap Montréal.

JEUDI 13 DECEMBRE 19:00 h

CENTRE DES TRAVAILLEURS IMMIGRANTS,

4755 rue VAN HORNE, Suite 110,

Montreal, Quebec.

Organisée par la Ligue pour l’action socialiste

Tel : (514) 804-7645 Courriel: rmahoo3@gmail.com

Legault et Trudeau: co-gestionnaires du statu quo capitaliste au Québec.

Les Québécois vont aux urnes

par Robbie Mahood

Le 1er octobre sera jour d’élections au Québec, une première en vertu d’une nouvelle loi qui exige un nouveau mandat tous les 4 ans.

Alors que la population se lasse des coupures dans les services de santé, l’éducation et les services sociaux, le gouvernement du Parti libéral de Philippe Couillard pourrait subir une défaite.  Mais ce ne sera pas aux mains de leur rival traditionnel, le Parti québécois (PQ).

Le PQ nationaliste bourgeois est en crise. Il est à l’origine des deux référendums sur l’indépendance du Québec en 1980 et 1995. Mais il a reporté un autre référendum à un avenir indéfini, si à jamais. Perdant sa raison d’être en tant que parti de la souveraineté, il perd son appui principalement à la Coalition Avenir Québec (CAQ), un parti populiste de centre-droite maintenant en position de renverser les Libéraux. Sous l’ancien ministre du PQ, François Legault, un gouvernement de la CAQ approfondirait l’austérité tout en se servant des immigrants comme boucs émissaires et en se présentant comme le meilleur défenseur des « intérêts » du Québec dans ses négociations avec Ottawa.

Il reste donc le petit parti de « gauche », Québec Solidaire (QS). En mettant de l’avant un programme pro-indépendance et anti-austérité, QS espère rallier les souverainistes et les électeurs de la classe ouvrière aux dépens du PQ. Mais avec 10 % des intentions de vote, il ne peut s’attendre qu’à ajouter quelques députés de plus à sa liste actuelle de 3 députés sur 125 à l’Assemblée nationale.

Cette élection témoigne de la stagnation de la politique parlementaire bourgeoise au Québec.  Un consensus idéologique étouffant entoure les Libéraux, la CAQ et le PQ. Pour la plupart des électeurs, le choix est de se débarrasser d’une bande de politiciens réactionnaires corrompus et de les remplacer par une autre. Seul QS fournit une certaine forme de soulagement.

Cela reflète l’accalmie actuelle des luttes sociales et de classe au Québec. C’est le prix à payer pour le poids mort du leadership bureaucratique des syndicats québécois. Après avoir pesé de tout leur poids dans le projet nationaliste bourgeois du PQ dans les années 1970, ils se retrouvent maintenant dans une position très affaiblie après des années de concessions et de recul.  Les dirigeants syndicaux ont limité leur intervention dans cette élection à « interroger » les trois partis qui pourraient gagner. Leur horizon stratégique se limite à s’assurer une place à la table lorsque les politiciens néo-libéraux s’assoient avec les gens d’affaires du Québec.

Les dirigeants syndicaux ne sont toujours pas prêts à accepter une rupture définitive avec le PQ, ne faisant que signaler leur intention de voter contre les Libéraux et la CAQ.

Et ce, malgré un programme électoral de QS que les syndicats peuvent certainement soutenir : soins dentaires publics, suppression du financement public des écoles privées, scolarisation gratuite de la maternelle à l’université, recentrer les soins de santé primaires au sein du secteur public, suppression des frais à payer pour placer les enfants dans les garderies, promesse de financer les transports en commun et transition rapide vers un salaire minimum à 15 dollars de l’heure.

QS incarne des éléments contradictoires.  C’est un parti progressiste ou “de gauche”, mais loin d’être un parti travailliste ou socialiste. Son évolution est de plus en plus déterminée par des calculs électoraux. Le programme parfois radical du parti est souvent rogné par la direction pour ne pas trop s’écarter du consensus capitaliste libéral du Québec. Par exemple, QS a atténué son engagement envers l’objectif de la COP 21 de réduire les émissions de carbone de deux tiers d’ici 2030, afin de diminuer l’écart avec la position des partis néo-libéraux.

Par contre, QS a rejeté catégoriquement un pacte électoral avec le PQ. Et son programme s’incline vers la gauche, le démarquant de ses concurrents. QS représente une rupture partielle avec les partis de la classe dirigeante et pourrait offrir une vraie alternative, en ralliant les syndicats au parti et en proposant un programme clair pour la classe ouvrière.

C’est dans cette perspective que la Ligue pour l’Action socialiste lutte à l’intérieur et à l’extérieur de QS et lance un appel aux citoyens de se prononcer en déposant un vote critique pour QS.  Nous déplorons la décision du NPD provincial, récemment relancé, de présenter des candidats contre QS lors de cette élection. Cela divisera l’électorat de la classe ouvrière. Cette décision ne peut être motivée que par un réflexe sectaire et nationaliste fondé sur la loyauté envers l’État fédéral anglo-canadien. Le NPD provincial cherche à enlever des voix à un autre parti beaucoup plus établi de la gauche réformiste simplement parce qu’il offre une vision et un programme progressistes (mais, comme le NPD, à peine socialistes) dans le cadre d’un Québec indépendant.

Les hauts dirigeants du NPD n’ont pu bâillonner les délégués au congrès

Par Barry Weisleder

(Traduction libre de l’anglais)

Le congrès à Ottawa, du 16 au 18 février, ne marquait pas uniquement l’occasion de lancer Jagmeet Singh en tant que nouveau chef du Nouveau Parti Démocratique travailliste. Ce fut aussi une tentative, pas entièrement réussie, d’établir son contrôle sur l’appareil du parti et d’imposer un message politique timoré. À cet égard, ce fut un effort de promotion hautement centralisé, à la Jack Layton, conçu pour éviter la controverse et ainsi, restreindre le débat constructif.

D’abord, la direction du parti relégua au bas de la liste des priorités les motions progressistes, endossées par des douzaines d’associations de circonscriptions locales du NPD, qui portaient sur des enjeux tels que la démocratie, le Moyen-Orient, l’OTAN, l’ALÉNA, les nouveaux oléoducs, l’élimination des droits de scolarité postsecondaires, la propriété publique, la progressivité du régime fiscal, etc. Ainsi, on voulait s’assurer que ces motions ne furent pas soumises à vote au congrès. Des ateliers préliminaires, qui se sont déroulés tôt vendredi matin, ayant pour but de considérer des amendements à la liste de priorités déterminée par la bureaucratie du parti, furent dominés par l’aile droite et entravés par de nombreux obstacles procéduraux.

Néanmoins, des arguments contestataires et pointés furent avancés, et les membres de la base, comptant des centaines de jeunes et de nouveaux délégués, réussirent à effectuer des percées. Voilà qui s’annonçait l’élan du futur.

Durant le panel sur les politiques d’affaires extérieures, alors que plus de 400 personnes bondaient la salle, une motion visant à prioriser une version atténuée de la résolution proposant le boycottage, le désinvestissement et les sanctions (BDS) envers Israël fut débattue. Elle échoua par seulement 11 votes. Lors d’autres panels, les délégués ont lutté ardemment pour des motions promouvant des politiques de scolarité gratuite et la consultation par internet des membres du NPD sur les priorités politiques, ce qui a porté ses fruits.

Nombre des 1 751 délégués enregistrés au congrès ont exprimé leur désarroi devant l’obstructionnisme qui se dressait dans les parages. On eut recours à une série de motions d’ordres et d’arguments procéduraux afin de court-circuiter les résolutions établies en sessions plénières. Les supporteurs du Caucus Socialiste ont évité de telles tactiques, à une seule exception significative.

Nous avons contesté l’intimidation flagrante et les tactiques dominatrices employées par les sbires de Jagmeet (qui tentèrent de saisir contrôle de tous les microphones, pour et contre, et de museler les voix pour la Palestine lors du débat, samedi soir, sur les affaires mondiales), et nous avons été plutôt fructueux.

De ce fait, le cas de la prisonnière politique palestinienne Ahed Tamimi, âgée de 17 ans, emprisonnée par Israël pour avoir « embarrasser l’Occupation », fut rapporté à la télévision nationale. La couverture médiatique porta sur un groupe de délégués, plus d’une centaine en nombre, et principalement composé de jeunes, qui ont formé deux files au centre de la salle de congrès, brandissant des affiches sur lesquels on pouvait lire « Free Tamimi ». Le Caucus Socialiste a aussi réussi à recueillir une majorité (558 votes, 56,1 pour cent) afin d’ajouter 30 minutes à la session plénière pour débattre l’enjeu du Moyen-Orient. Malheureusement, nous n’avons pas atteint la majorité renforcée nécessaire de deux tiers des votes pour réussir à modifier l’ordre du jour. La politique adoptée, énonçant le statu quo, les-deux-côtés-sont-responsables-de-la-violence, la solution obsolète de la création de deux États, en laissa plusieurs à se demander ce qu’était devenu de l’engagement aux libertés civiles vanté par l’avocat Jagmeet Singh.

Alors que le temps filait, les socialistes n’ont pas tenté d’expédier des résolutions sur les politiques d’équité, même si les motions non controversées (tels que la modification du titre d’un comité du parti) ont empêché que soient abordés d’autres enjeux plus contentieux. Il va sans dire que nous avons voté en faveur de toutes les résolutions prônant l’équité.

Le Caucus Socialiste a voulu rationaliser le procédé, afin d’assurer plus de temps pour le débat de politique, en tentant d’amender l’ordre du jour, à l’ouverture du congrès. Même si nous n’avons pas gagné ce vote, ce geste contribua au succès ultérieur de la résolution avancée par le groupe Courage, visant à trouver de meilleurs moyens pour prioriser les résolutions. Malheureusement, la mesure finalement adoptée propose simplement un projet de recherche sur l’utilisation de l’internet pour consulter les effectifs du parti. De ce fait, il n’y aura pas de modification, avant le prochain congrès, au mécanisme existant de priorisation de résolutions excessivement corrompu et manipulateur. Ce sera peut-être pour le congrès suivant.

Plusieurs délégués (surtout ceux qui n’ont sont pas fanatiques du gradualisme au pas de tortue) m’ont remercié et d’autres compagnons du Caucus Socialiste d’avoir tenté d’amender l’ordre du jour. Sûrement, les nombreux conférenciers et les exposés informatifs auraient pu être présentés lors de sessions du soir. N’aurait-il pas été préférable de bénéficier d’activités instructives en alternative au souper avec le chef de parti à 300 $ le couvert ou les rencontres sociales soi-disant gratuites dans les bars aux prix dispendieux? Nécessairement, la base du parti continuera de lutter pour une démocratie plus ouverte au sein du NPD. Il faudra s’efforcer pour instaurer un programme allouant 70 pour cent du temps du congrès au débat de politique, à comparer au ratio méprisable de 42 pour cent observé au cours des congrès précédents des trois dernières décennies. On peut prédire avec confiance qu’au prochain congrès, le NPD appuiera la politique pro-BDS, un résultat impensable il y a seulement quelques années.

Le panel le plus marquant fut « Nation à Nation ». Les conférenciers invités étaient l’activiste-artiste Ellen Gabriel, l’enseignante et consultante anti-violence, Sahra MacLean, et Ian Campeau, un fondateur du groupe de musique A Tribe Called Red. Ils ont présenté des analyses anticapitalistes incisives et excitantes. De même, le chef du British Labour Party, Jeremy Corbyn, a envoyé un message vidéo de solidarité qui a fait soulever la foule, lorsqu’il affirma que « nos deux partis sont socialistes ». Ce fut la seule fois que le mot « socialiste » fut prononcé au-devant de la salle au cours de la fin de semaine.

Le Caucus Socialiste a célébré l’élection d’une de ses candidates à la direction (Dirka Prout pour coprésidente du Conseil des femmes du NPD) et fut ravi du fait que ses candidats ont reçu un soutien important durant les scrutins, avec Corey David recevant 16 pour cent des votes pour président, Gary Porter avec 27 pour cent pour Trésorier, Chris Gosse avec 20 pour cent pour vice-président de la main d’œuvre, et un appui populaire passant de 20 à 33 pour cent pour divers postes au sein de la direction et du conseil fédéral. Quel autre courant gauchiste à l’intérieur du parti présenta aux délégués un choix lors des scrutins pour la direction et le conseil fédéral? Quel autre mouvement au sein du parti a lutté pour des politiques socialistes honnêtes, ou encore pour un programme transitoire articulant les revendications de la classe ouvrière?

Les partisans du manifeste “Un bond vers l’avant” (Leap Manifesto en anglais) ont organisé une rencontre fougueuse d’envergure au Musée de la nature, mais ils ont choisi de ne pas intervenir au cours du congrès du NPD. Ceci a permis aux mandarins de l’establishment du parti de mettre au rancart toute discussion au sujet de la vision prônée par le manifeste. Courage mérite d’être reconnu pour son organisation pancanadien remarquable visant à promouvoir ses propositions pour une démocratie plus ouverte au sein du parti et l’éducation post-secondaire gratuite. De même, on doit féliciter le mouvement des Palestiniens, des Juifs progressistes et autres, qui ont conduit la campagne visant à interdire l’entrée au marché canadien des produits issus des colonies israéliennes illégales. Enfin, NPD Momentum a attiré un public modeste à une série d’événements appelé « Le Monde Transformé ».

Malheureusement, aucun de ces groupes n’a présenté une plateforme politique alternative ou une équipe de candidats pour contester l’establishment du parti de droite, ou encore moins, pour cibler le système capitaliste toxique. Malgré les efforts du Caucus Socialiste, autant avant que durant le congrès, aucun des leaders des groupes sous-mentionnés n’a démontré la volonté de collaborer sur des enjeux spécifiques ou des actions. Alors qu’une fusion des forces politiques n’est pas pour aujourd’hui, en raison des importantes différences entre les programmes et stratégies, une gauche unifiée pour l’atteinte d’objectifs particuliers est possible… et elle serait puissante, sinon irrésistible. L’unité dans l’action devrait être notre objectif commun.

Le forum sur la politique étrangère du Caucus Socialiste eut lieu vendredi soir et présentait l’auteur de Montréal, Yves Engler. Cet événement attira une grande foule et provoqua une excellente discussion qui a animé les délégués au cours des deux prochains jours, alors qu’on s’engageait dans des combats au congrès pour défendre une démocratie plus ouverte et certaines résolutions urgentes. Avec le soutien de douzaines d’associations de circonscriptions de partout au pays, plus de 20 résolutions du Caucus Socialiste furent comprises dans le cartable des projets de résolution du congrès. La table de présentation du cartable devenu un centre d’activisme, générant des revenus d’environ mille dollars. Plus de 35 personnes ont adhéré au Caucus Socialiste au cours du congrès. Loin de se sentir isolé, le groupe fut dynamisé par l’expérience.

Lors du vote de révision de la direction du parti, Jagmeet Singh a obtenu l’approbation de 90,7 pour cent des délégués, un résultat auquel on s’attendait alors qu’il avait accédé au poste de chef du parti il y a seulement quatre mois. Or, il a payé un prix politique pour ses tactiques maladroites de surcontrôle et son discours fade et décousu de 40 minutes. Singh a réussi à fâcher des centaines de jeunes, nouveaux membres, alors que les commentateurs sont demeurés perplexes. La chroniqueuse du Toronto Star, Chantal Hébert, résuma sobrement ainsi : « le discours du nouveau chef n’a pas marqué un grand départ du passé récent ».

L’approche de Singh vise à réduire l’inégalité sociale. Comment? En fermant les échappatoires fiscales, en augmentant l’impôt sur les sociétés, en façonnant un programme d’assure-médicaments pancanadien et des programmes de soins oculaires et dentaires, en réalisant la réconciliation avec les Premières Nations, et en prônant un système de scrutin proportionnel, selon ses dires. Or, en quoi cela diffère-t-il de l’approche du précédent chef discrédité, Tom Mulcair, surtout en l’absence de quelconques propositions audacieuses appelant les grandes entreprises à absorber ces coûts?

Singh a complètement évité le sujet des oléoducs (ignorant la guerre du vin et des mots entre les gouvernements NPD provinciaux de la Colombie-Britannique et de l’Alberta) et il demeura silencieux à l’égard du fléau des changements climatiques (est-il en faveur d’une taxe sur le carbone, d’un système de plafonds et d’échanges, ou de l’appropriation publique des géants de l’énergie afin de rapidement financer une transition rapide vers l’énergie verte?). Son plan général de politique ressemble plutôt à un roman mystère qu’à une plateforme d’un parti politique.

Au son du claquement à une seule main, les fonctionnaires du NPD ont décrété que la réunion serait un « congrès sans papier ». Or, l’application mobile dysfonctionnelle mise à disposition empêchait l’accès à l’information en temps opportun et constituait une source constante de frustration.

En fin de compte, l’image l’a emporté sur la politique, mais non sans difficulté. Si la balance du pouvoir ne penche pas vers la gauche aujourd’hui, il n’en faudrait que peu pour qu’elle bascule… surtout si les socialistes et les progressistes décident de s’unir pour défendre la cause commune de gagner le NPD et d’œuvrer pour un programme travailliste. Après tout, la victoire n’est pas gagnée sans lutter.