par Barry Weisleder
Une scission au sein de l’élite du Nouveau Parti démocratique a permis au cinéaste Avi Lewis de l’emporter face à la députée Heather McPherson. Lewis a remporté la direction dès le premier tour avec 56 % des 70 934 suffrages exprimés. Cette nouvelle majorité émergente a mis en évidence la faiblesse de l’establishment du parti – ces responsables qui portaient la principale responsabilité du désastre électoral d’avril 2025. Le décompte fédéral a réduit le NPD à 7 sièges (aujourd’hui 6, bientôt 5). Avec la perte de son statut de parti au Parlement, le NPD s’est vu immédiatement privé de dizaines de postes rémunérés et de subventions publiques. Le parti reste accablé par une dette de 13 millions de dollars.
Dans ces conditions, les forces social-démocrates de gauche de Lewis ont également raflé les trois premiers postes de l’exécutif fédéral du parti : président, vice-président et secrétaire-trésorier. N’étant plus freiné par l’ancienne aile droite, autrefois puissante, Lewis aura peu d’excuses pour ne pas tenir ses promesses de campagne. Celles-ci comprennent la création d’une chaîne de supermarchés publics, d’un réseau de fournisseurs de télécommunications publics, d’une banque postale, d’un laboratoire pharmaceutique public et d’une agence fédérale de construction de logements, ainsi qu’une légère augmentation de l’imposition des 1 % les plus riches.
Mais il ne faut surtout pas confondre cela avec le socialisme, c’est-à-dire une économie planifiée sous le contrôle des travailleurs.
À défaut, cette manœuvre n’est qu’une tentative désuète et plutôt vaine de réformer le capitalisme, plutôt que de l’abolir.
À l’intérieur du palais des congrès, le débat politique était en réalité assez limité. Les dirigeant·es des deux factions s’efforçaient d’éviter toute controverse. À quelques exceptions près, les seules résolutions qui ont vu le jour étaient d’une nature bien timide. Ont été systématiquement exclues les propositions visant un changement structurel profond pour favoriser le débat démocratique, une véritable responsabilité, et pour mener des élections sans obstruction délibérée de la part de comités de « vérification » secrets et non élus. Cette exclusion s’est produite malgré une campagne généralisée en faveur du changement à travers le pays, soutenue par de multiples appuis aux motions de réforme soumises par les affiliés locaux. Même les efforts visant simplement à critiquer des propositions faibles à la tribune du CONTRE ont été contrecarrés par des motions de « mise aux voix » (c’est-à-dire de clôture du débat) déposées par des délégué·es de la jeunesse trop zélé·es. Des votes plus nombreux et plus rapides n’apportent aucun remède lorsque presque toutes les propositions hissées au sommet de chacune des sept catégories thématiques ne sont que des déchets. De temps à autre, un membre du Caucus socialiste (CS) parvenait à sortir de ce marasme – comme lorsque la candidate du CS à la présidence, Jasmine Peardon, lors d’un micro ouvert au micro CONTRE, a ridiculisé l’affirmation selon laquelle Justin Trudeau menait une politique étrangère « féministe » qui devrait être rétablie. Le candidat du Caucus socialiste au poste de représentant de la Colombie-Britannique, l’ancien président du conseil du travail de New Westminster, Stephen Crozier, a saisi l’occasion pour appeler à la fin de la classe des milliardaires.
Des décennies de contrôle hiérarchique étouffant, ponctuées de sanctions sommaires à l’encontre des dissident·es, en particulier des militantes et militants pro-palestiniens, ont envenimé l’atmosphère du congrès. La majorité des 1 519 délégué·es inscrit·es étaient impatient·s de se débarrasser de la direction intransigeante du parti, incarnée par la directrice nationale Lucy Watson.
Une douzaine de candidatures du Caucus socialiste à la direction se sont retrouvées prises en étau entre les deux listes établies, celle d’Avi et celle de Heather. Peu de « progressistes » étaient enclin·es à voter pour le CS et à risquer ainsi de perpétuer le cruel statu quo imposé par la droite. Toustes étaient bien conscient·es de l’exclusion de l’auteur anti-impérialiste Yves Engler de la course à la chefferie, ainsi que du blocage de Bianca Mugyenyi (la première femme noire à se présenter à la chefferie du NPD depuis Rosemary Brown en 1975). Iels savaient qu’Yves avait été exclu du parti, puis que mon accréditation avait été annulée à peine 30 minutes après le paiement en ligne des frais correspondants.
Dans cette atmosphère tendue, il n’était guère surprenant que Watson ait ordonné au personnel de sécurité du Winnipeg Convention Center de refuser au CS l’espace nécessaire pour installer un stand d’exposition, voire pour distribuer des tracts et déployer la banderole portant le slogan « Le capitalisme ne peut être réformé – En avant vers un avenir socialiste! » Malgré la dette écrasante du parti, Watson a trouvé les fonds nécessaires pour engager la police municipale de Winnipeg afin d’expulser Yves du bâtiment – une tentative contrecarrée par l’intervention militante de plusieurs délégué·es. Les socialistes ont persisté, de manière plutôt innovante, à exposer toute une gamme de brochures, de tracts, de déclarations politiques, de t-shirts et de badges dans une valise ouverte située sur la mezzanine du deuxième étage. Des centaines de délégué·es ont visité cette vitrine inhabituelle, achetant pour plus de 900 dollars de matériel. Près d’une centaine de personnes se sont inscrites pour rejoindre le groupe socialiste. Le manuel politique « Le capitalisme ne peut être réformé » (CCbF) a été très en demande.
Les socialistes ont coorganisé deux rassemblements en plein air devant l’entrée principale du Centre des congrès : l’un pour exiger le retrait de l’ICE du Canada, l’autre pour exhorter le NPD à adopter une position plus ferme contre la guerre menée par les États-Unis et les sionistes contre l’Iran, ainsi que contre le blocus imposé à Cuba la révolutionnaire.
Deux événements conviviaux, animés par des musicien·nes professionnel·les, un sketch amusant, des collations gratuites et de brefs discours, ont eu lieu sous l’égide du CCbF, au célèbre resto Rudy’s Eat and Drink. Mais surtout, les socialistes ont constitué une équipe nationale, soutenue par un superbe comité d’organisation à Winnipeg, qui a travaillé sans relâche, avec beaucoup d’enthousiasme et de bonne humeur. Au cours de ce congrès de trois jours, les participant·es ont assisté à l’émergence d’une nouvelle génération de jeunes militantes et militants qui représentent l’avenir du mouvement rebelle.
Des questions subsistent. Maintenant qu’Avi Lewis est à la tête du parti fédéral, que fera-t-il pour combler le profond déficit démocratique du parti? Pendant la course à la chefferie, il s’est montré exceptionnellement discret sur ce point, tout comme la plupart des autres candidatures. Celles-ci avaient tendance à se soutenir mutuellement, mais pas les victimes de l’exclusion politique. Lewis va-t-il abolir ou modifier radicalement le processus de sélection des candidatures du NPD à tous les niveaux? À tout le moins, va-t-il renvoyer l’incorrigible Lucy Watson?
La campagne socialiste d’Yves Engler a attiré des centaines de jeunes anticapitalistes, voire socialistes révolutionnaires.
La campagne d’Avi Lewis, en revanche, a attiré des jeunes radicalisés autour de causes spécifiques, telles que la lutte contre le racisme, le sexisme, la pollution et la guerre. Ces jeunes radicalisé·es aspirent à un changement social plus large, mais ne comprennent peut-être pas encore que l’ensemble de la structure étatique capitaliste et du système économique doit être éradiqué, de fond en comble. L’arrivée temporaire de nombreux jeunes travailleur·euses au sein d’un NPD plutôt sclérosé offre un terrain fertile pour les idées et l’action socialistes, tant autour du NPD qu’en son sein. Cela représente une ouverture pleine d’espoir pour les révolutionnaires.
À la fin du congrès, alors que la plupart des participant·es rentraient chez eux, des dizaines de socialistes se sont réuni·es pour une séance de débriefing. Leur consensus portait sur deux points :
1. Il est nécessaire de maintenir la pression sur Avi au sein du parti, tout en contrant les attaques de la droite à son encontre dans les médias grand public.
2. En cette période de désillusion et de désaffection généralisées à l’égard du capitalisme mondial, une tâche essentielle consiste à collaborer avec les forces anticapitalistes à l’extérieur du NPD.
Afin de discuter des prochaines étapes, notamment du lancement d’un nouveau mouvement socialiste à l’échelle nationale, le CS et le CCbF organiseront une conférence en présentiel et en ligne le samedi 23 mai à l’Université de Toronto. Restez à l’écoute pour plus de détails. Rejoignez-nous!
