Editorial – Contre toute attente, le premier pas vers l’instauration d’un régime universel d’assurance-médicaments au Canada a été franchi

THE RED REVIEW: Un journal de Socialist Action/Ligue pour l’Action socialiste 27 MARS 2024

April 12, 2024 | Translation by Hugo Pouliot

Mais l’étape de l’assurance-médicaments est très fragile et a de nombreux et puissants ennemis.  Les entreprises et les politiciens capitalistes mèneront une guerre contre elle afin d’empêcher toute nouvelle avancée.

Il y a un an à peine, il semblait presque certain que les libéraux céderaient à la pression des entreprises et abandonneraient la promesse d’un régime universel d’assurance-médicaments, malgré son immense popularité.

Mais cette semaine, le vent semble enfin tourner en faveur des travailleurs-euses, avec l’introduction d’un projet de loi sur l’assurance-médicaments qui défie des décennies de pressions de la part de l’industrie.

En 2023, des rapports stupéfiants avaient révélé que le ministre de la santé était de connivence avec les grandes sociétés pharmaceutiques pour empêcher des réformes qui auraient pu permettre aux Canadien-nes d’économiser des milliards de dollars sur le coût des médicaments. Ensuite, une série de démissions très médiatisées au sein de l’organisme de réglementation du prix des médicaments a mis en évidence l’influence excessive de l’industrie sur les décisions de Santé Canada.

Les adversaires de l’assurance-médicaments, les industries pharmaceutiques et les compagnies d’assurance, semblaient avoir le dessus. Ils ont bénéficié d’un accès illimité aux couloirs du gouvernement. Ils ont mené des campagnes alarmistes sur les dangers d’un programme universel à payeur unique, avertissant qu’il serait “irréaliste”, “désastreux” pour le pays et qu’il ferait perdre aux Canadien-nes “l’accès aux médicaments qu’ils utilisent”. Et ils ont tenté d’empoisonner le débat public sur l’assurance-médicaments avec des sondages trompeurs, des mensonges et des cascades.

Pendant des années, ces puissantes industries ont mobilisé d’énormes ressources pour faire dérailler la mise en place d’un régime national d’assurance-médicaments, en faisant pression sur le gouvernement pour qu’il rejette le principe d’universalité, qu’il maintienne notre système mixte public-privé actuel et qu’il limite l’assurance-médicaments aux personnes non assurées.

Aujourd’hui, contre toute attente, les négociations entre les libéraux et les néo-démocrates ont abouti à une législation qui va à l’encontre des années de lobbying acharné de l’industrie – une législation qui ouvre la voie à un système d’assurance-médicaments universel, public et à payeur unique.

Ce n’est pas un mince exploit. C’est grâce à l’organisation inlassable de la base et aux pressions exercées par les patients, les défenseurs et les travailleurs-euses de la santé, ainsi que par le Congrès du travail du Canada – dans le contexte d’un gouvernement minoritaire soutenu par le NPD – que les libéraux ont finalement été contraints de s’opposer, au moins temporairement, au pouvoir de l’industrie.

Le coût pour les travailleurs-euses a été la promesse du NPD de soutenir le financement de la guerre américaine contre la Russie. Chrystia Freeland, la Victoria Nuland du Canada, soutient vigoureusement les forces nationalistes et fascistes ukrainiennes et leur guerre d’extermination contre les Russes à l’intérieur de l’Ukraine. Le gouvernement Zelensky a pratiquement éliminé les droits civils et démocratiques, les droits des travailleurs-euses et même les élections démocratiques en Ukraine. La plupart des syndicats sont interdits, tout comme le droit de grève. Le Canada a déversé des milliards en Ukraine pour lutter contre la guerre par procuration menée par les États-Unis au détriment de la vie des Ukrainiens.

En outre, le NPD a soutenu le financement budgétaire de la fourniture par Trudeau d’armes, de troupes et d’argent pour les crimes génocidaires scandaleux de l’État sioniste d’Israël contre les Palestinien-nes. Le NPD a soutenu des budgets sans solution pour le logement abordable, la poursuite des allégements fiscaux et des subventions pour les combustibles fossiles, les provocations armées contre la Chine et bien d’autres choses encore.

Qu’en est-il de l’assurance-médicaments ?  M. Trudeau doit nommer un comité d’experts dans les 30 jours suivant la proclamation de la loi par le gouverneur général.  Cela peut prendre autant de temps que Trudeau le souhaite. Ce comité doit établir, dans un délai d’un an, une liste de médicaments et de produits connexes à inclure dans le régime… le “formulaire”. Il faut ensuite négocier les prix avec les laboratoires pharmaceutiques. Des accords doivent être conclus avec les provinces. L’Alberta a déjà choisi de ne pas participer et le Québec dispose déjà d’un régime universel d’assurance-médicaments. Tout cela pourrait se faire très rapidement. Nationaliser les entreprises pharmaceutiques au lieu de négocier avec elles. Définir les principes de base auxquels les provinces doivent se conformer pour bénéficier d’un financement fédéral, comme cela a été fait en 1963 lors de l’introduction de l’assurance-maladie. Par exemple, les paiements seront effectués à partir d’un dollar, sans participation aux frais, et la couverture devra inclure tout médicament sûr et efficace.

Enfin, nous devons lutter contre une forte opposition politique. Les entreprises pharmaceutiques devraient être nationalisées, ce qui les éliminerait de la liste des opposants. Les compagnies d’assurance privées s’opposeront à l’assurance-médicaments publique à paiement unique. Ces compagnies devraient également être nationalisées.

Trudeau ne s’engage pas en faveur de l’assurance-maladie et Pollievre s’y oppose. Pour Trudeau, il s’agit d’un stratagème pour conserver le soutien du NPD à ses budgets réactionnaires et pour gagner les élections l’année prochaine. La loi est conçue de manière à ce que rien ne se passe avant les élections. Si Trudeau remporte une majorité, il se peut que nous n’entendions plus parler de l’assurance maladie. Si Pollievre gagne, ce sera certainement la fin de l’assurance-maladie.

Le NPD, les syndicats et les partisans de services médicaux solides au Canada doivent être prêts à lutter avec acharnement pour que l’assurance-médicaments devienne réalité.