Célébration du 100e anniversaire du mouvement communiste au Canada

December 27, 2023 | par Barry Weisleder

Il est important de souligner le contexte dans lequel le mouvement communiste canadien a vu le jour.  Le lancement a eu lieu lors d’un minuscule congrès tenu en secret dans une ferme près de Guelph, en Ontario, le 23 mai 1921.  Le nouveau parti s’inspire de la révolution russe et ses militant-es accomplirent de grandes choses dans les premières années.  Mais la jeune Union soviétique est assiégée par des armées impérialistes hostiles.  La Russie souffrait énormément de son isolement et de son retard économique.  Une élite bureaucratique, représentée par Joseph Staline, s’est emparée du pouvoir.  Elle réduisit la démocratie ouvrière, écrasa l’opposition socialiste et adopta un nouveau programme qui s’adapta à la domination capitaliste en dehors de l’URSS.  La perspective d’une révolution mondiale est remplacée par la fausse utopie du “socialisme dans un seul pays”.  La révolution permanente (c’est-à-dire la nécessité d’une révolution dirigée par les travailleurs pour mener la transformation sociale, en particulier dans les pays pauvres) a été supplantée par la vieille notion menchevique discréditée de révolution par étapes.  La “théorie des étapes” repose sur une alliance avec la bourgeoisie libérale ou nationaliste.  Sous Staline, la démocratie socialiste a été remplacée par une tyrannie bureaucratique, accompagnée de privilèges pour les élites, de propagande mensongère, de simulacres de procès, de tortures et d’assassinats d’opposant-es politiques.

La dégénérescence de l’Internationale communiste dominée par les staliniens a donné naissance à l’Opposition de gauche internationale en 1930 et à la formation de la Quatrième Internationale en 1938.  Léon Trotski, co-dirigeant de la révolution russe avec Lénine, a joué un rôle de premier plan dans la préservation du marxisme révolutionnaire et dans son développement ultérieur. Son analyse des phénomènes du stalinisme et du fascisme au XXe siècle a été particulièrement importante.

Qu’en est-il du grand-père de la gauche radicale, le Parti communiste, aujourd’hui ?  Malheureusement, le PC est réformiste et nationaliste canadien jusqu’à la moelle.  Il aspire à un gouvernement multi-classes ou “front populaire”.  Le front populaire, par opposition au front uni des travailleurs, subordonne les partis ouvriers aux partis capitalistes dans la quête du pouvoir. Au Canada, l’idée de front populaire inclut l'”aile progressiste” du parti libéral.  Elle incorpore l’idée erronée, également défendue par le PCC-ML, selon laquelle le nationalisme canadien est progressiste.  Alors que le PC admet que l’État canadien est une puissance impérialiste à part entière (après tout, il est difficile d’ignorer le rôle des banques canadiennes géantes, des sociétés minières et de l’armée canadienne dans le cadre de l’OTAN), les staliniens aspirent toujours à une alliance avec une aile du parti libéral.  Le PC a soutenu la tentative d’accession au pouvoir de la combinaison des libéraux, du NPD et du Bloc Québécois en décembre 2008.  En fait, le PC voulait en faire partie.  Stephen Harper a tué leur rêve en prorogeant le Parlement à deux reprises et en remportant les élections en mai 2011.

Le PC n’est qu’une coquille de son passé historique.  Il est à la fois incapable et réticent à rendre compte du triste héritage du sexisme, de l’homophobie, de la trahison et de la répression politique staliniens.  Elle a soutenu l’écrasement par l’Union soviétique de la rébellion ouvrière en Hongrie en 1956 et en Tchécoslovaquie en 1968.  Les staliniens cubains se sont opposés à Fidel Castro, Che Guevara et à l’insurrection cubaine jusqu’aux dernières semaines de 1958, ne passant au soutien que lorsqu’il est apparu que les révolutionnaires cubains étaient sur le point de gagner.  La  League for Socialist Action /Ligue Socialiste Ouvrière a joué un rôle de premier plan dans la création du comité Fair Play for Cuba, un front uni anti-impérialiste – que les staliniens au Canada et à Cuba ont cherché à saper et à vilipender.  Un chapitre du livre “Revolutionary Activism in the 1950s & 60s”, d’Ernie Tate, décrit bien cet épisode.  Aujourd’hui, Socialist Action/Ligue pour l’Action Socialiste appartient au Canadian Network on Cuba, un réseau de solidarité fondé en 2002.  SA/LAS y a adhéré en 2017.  Pendant quatre ans, le PC et ses organisations de façade ont bloqué l’adhésion de SA au Canadian Network on Cuba.  Il a fallu une intervention des Cubains pour remédier à la situation.

Le Parti communiste, comme plusieurs autres organisations de la gauche canadienne, est généralement hostile à la collaboration avec les partis de gauche concurrents – à moins qu’elle ne prenne la forme d’une alliance qu’il domine.  La Venezuela Solidarity Coalition (Coalition pour la solidarité avec le Vénézuéla)à Toronto est une exception. Mais la solidarité avec la Palestine et les célébrations annuelles du 1er mai confirment ce modèle de sectarisme.  La Labour May Day Coalition (Coalition syndiale pour le 1er mai), à laquelle SA/LAS participe, bénéficie d’une multitude de soutiens syndicaux et socialistes. Elle organise chaque année un événement en ligne ou en personne qui attire des centaines de personnes.  Mais le Comité du 1er mai du PC organise un rassemblement séparé qui exclut tout droit de parole à l’exception de ses compagnons de route.

Un autre exemple du sectarisme du PC est son attitude à l’égard du Nouveau Parti Démocratique (NPD), un parti d’inspiration ouvrière.  Le NPD n’est pas un parti socialiste.  Il ne l’a jamais été et ne le sera probablement jamais.  Mais c’est le seul parti politique de masse à base ouvrière en Amérique du Nord.  Il représente une rupture de la classe ouvrière avec les partis du grand capital, un pas vers une action politique indépendante de la classe ouvrière.  D’ailleurs, aux États-Unis, où il n’y a pas de parti ouvrier, le PC-USA soutient généralement le parti démocrate des grandes entreprises ; il a soutenu Joe Biden à la présidence. Il ne se bat pas pour construire un parti ouvrier.

Au Canada, le PC affiche une hostilité farouche à l’égard du NPD.  Pourquoi ?  Ce n’est pas seulement en raison de l’opposition à ses politiques réformistes. Après tout, le PC est également réformiste.  Contrairement à la politique communiste des années 1920, qui favorisait la formation d’un parti travailliste au Canada, le PC s’oppose à l’existence du NPD parce qu’il fait obstacle à son rêve d’alliance avec les libéraux de gauche.  Le NPD occupe un espace électoral que le PC aimerait occuper ou partager avec la gauche libérale.

Dans son programme, le PC demande un “gouvernement anti-monopole, basé sur une majorité parlementaire”.  Cette formulation comporte deux grandes erreurs stratégiques.  Premièrement, il n’y a pas de section de la classe capitaliste canadienne qui soit “anti-monopole”, parce qu’à l’époque actuelle du capitalisme monopoliste, cela impliquerait d’être anticapitaliste. Le capitalisme et le monopole sont inséparables. Ils vont de pair comme un cheval et un chariot. Deuxièmement, un gouvernement anticapitaliste qui se base “sur une majorité parlementaire” est voué au désastre, comme nous l’avons vu en Espagne en 1936, en Indonésie en 1965, au Chili en 1972, et dans bien d’autres endroits.  Un gouvernement anticapitaliste, c’est-à-dire un gouvernement ouvrier, peut avoir des député-es au Parlement. Mais il devrait se baser fondamentalement sur les mobilisations de masse de la classe ouvrière.  Il devrait s’appuyer sur les institutions du pouvoir ouvrier, sur les conseils de travailleurs-euses dans les lieux de travail et les communautés, et non sur une “majorité parlementaire”.  Le PC d’aujourd’hui n’appelle pas à une rupture révolutionnaire avec l’État capitaliste.  Il cherche plutôt à réformer l’État et à assurer une transition progressive vers le socialisme.  Comme l’histoire nous l’enseigne, cette voie mène à un écrasement mortel pour le mouvement de la classe ouvrière.

En raison de son engagement en faveur de la réforme de l’État, le PC est favorable à la subordination des luttes de libération nationale des peuples indigènes, des Québécoies et des Acadien-nes à la préservation de la confédération canadienne.  Les socialistes révolutionnaires, quant à eux, sont pour le démantèlement de l’État colonisateur, la prison canadienne des nations.  Nous sommes pour une Amérique du Nord rouge basée sur une association libre et volontaire d’États ouvriers.

Elle est liée au concept stalinien de collaboration de classe et à la recherche permanente – dans le camp de la classe ennemie – de partenaires moins mauvais.  C’est l’erreur du campisme. Les campistes divisent le monde en deux camps : les États-Unis contre le reste du monde.  Par réflexe, les campistes soutiennent la Russie et la Chine capitalistes ; ils soutiennent la Turquie, l’Iran et d’autres régimes capitalistes répressifs, simplement parce qu’ils sont souvent en conflit avec les dirigeants américains.  Les socialistes révolutionnaires défendent l’autodétermination des nations opprimées.  Nous soutenons le droit de la Syrie, du Venezuela et de l’Iran, par exemple, à obtenir de l’aide partout où ils le peuvent pour résister à l’intervention économique et militaire de l’impérialisme. Mais les révolutionnaires n’accordent aucun soutien politique aux gouvernements capitalistes, où qu’ils soient.  Les socialistes s’opposent à la guerre commerciale de Washington et d’Ottawa contre la Chine parce que nous nous opposons à toutes les rivalités intercapitalistes. Nous nous opposons aux guerres froides qui deviennent des guerres chaudes, et au danger existentiel de l’anéantissement nucléaire de l’humanité.  Nous sommes pour la révolution socialiste partout, sauf à Cuba où nous soutenons le gouvernement révolutionnaire.  Les socialistes révolutionnaires s’opposent au campisme parce qu’il émousse les sens de la classe ouvrière et favorise la subordination des travailleurs-euses à la domination capitaliste.

Un autre exemple du réformisme du PC est son approche du mouvement syndical.  Il ne cherche pas à vaincre la bureaucratie syndicale conservatrice.  Il cherche plutôt à la rejoindre. Comment ? En s’alliant avec des faiseurs de syndicats légèrement à gauche.  C’est ce qui ressort de la campagne d’Hassan Husseini, un partisan du PC qui s’est présenté à la présidence du Congrès du travail du Canada en 2014. Il s’est retiré de la course au dernier moment pour soutenir Hassan Yussuff, qui s’est avéré être un bureaucrate syndical de droite.

Le Workers’ Action Movement (Mouvement d’action des travailleurs-euses), créé en 2015, présente une équipe militante de candidat-es aux quatre premiers postes du CTC qui seront élus en juin.  Mais ne vous attendez pas à ce que le PC soutienne l’équipe Labour Forward du WAM.  Il n’a pas soutenu les candidat-es de la WAM à la direction de la Fédération du travail de l’Ontario qui ont obtenu jusqu’à 36 % des voix lors du congrès de la FTO en 2019.  Notre principal objectif est de construire un mouvement, à partir de la base, pour remplacer la bureaucratie syndicale et néo-démocrate et lutter pour un gouvernement des travailleurs et des travailleuses.

Socialist Action/Ligue pour l’Action Socialiste s’inscrit fermement dans la tradition des fondateurs du communisme au Canada.  SA/LAS n’est pas le seul parti qui se réclame du marxisme révolutionnaire, mais, à notre humble avis, SA/LAS représente le mieux la continuité révolutionnaire des fondateurs du communisme canadien qui ont tracé la voie du front uni, de la solidarité internationale et de la démocratie authentique dans le mouvement ouvrier.

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