Les Québécois vont aux urnes

par Robbie Mahood

Le 1er octobre sera jour d’élections au Québec, une première en vertu d’une nouvelle loi qui exige un nouveau mandat tous les 4 ans.

Alors que la population se lasse des coupures dans les services de santé, l’éducation et les services sociaux, le gouvernement du Parti libéral de Philippe Couillard pourrait subir une défaite.  Mais ce ne sera pas aux mains de leur rival traditionnel, le Parti québécois (PQ).

Le PQ nationaliste bourgeois est en crise. Il est à l’origine des deux référendums sur l’indépendance du Québec en 1980 et 1995. Mais il a reporté un autre référendum à un avenir indéfini, si à jamais. Perdant sa raison d’être en tant que parti de la souveraineté, il perd son appui principalement à la Coalition Avenir Québec (CAQ), un parti populiste de centre-droite maintenant en position de renverser les Libéraux. Sous l’ancien ministre du PQ, François Legault, un gouvernement de la CAQ approfondirait l’austérité tout en se servant des immigrants comme boucs émissaires et en se présentant comme le meilleur défenseur des « intérêts » du Québec dans ses négociations avec Ottawa.

Il reste donc le petit parti de « gauche », Québec Solidaire (QS). En mettant de l’avant un programme pro-indépendance et anti-austérité, QS espère rallier les souverainistes et les électeurs de la classe ouvrière aux dépens du PQ. Mais avec 10 % des intentions de vote, il ne peut s’attendre qu’à ajouter quelques députés de plus à sa liste actuelle de 3 députés sur 125 à l’Assemblée nationale.

Cette élection témoigne de la stagnation de la politique parlementaire bourgeoise au Québec.  Un consensus idéologique étouffant entoure les Libéraux, la CAQ et le PQ. Pour la plupart des électeurs, le choix est de se débarrasser d’une bande de politiciens réactionnaires corrompus et de les remplacer par une autre. Seul QS fournit une certaine forme de soulagement.

Cela reflète l’accalmie actuelle des luttes sociales et de classe au Québec. C’est le prix à payer pour le poids mort du leadership bureaucratique des syndicats québécois. Après avoir pesé de tout leur poids dans le projet nationaliste bourgeois du PQ dans les années 1970, ils se retrouvent maintenant dans une position très affaiblie après des années de concessions et de recul.  Les dirigeants syndicaux ont limité leur intervention dans cette élection à « interroger » les trois partis qui pourraient gagner. Leur horizon stratégique se limite à s’assurer une place à la table lorsque les politiciens néo-libéraux s’assoient avec les gens d’affaires du Québec.

Les dirigeants syndicaux ne sont toujours pas prêts à accepter une rupture définitive avec le PQ, ne faisant que signaler leur intention de voter contre les Libéraux et la CAQ.

Et ce, malgré un programme électoral de QS que les syndicats peuvent certainement soutenir : soins dentaires publics, suppression du financement public des écoles privées, scolarisation gratuite de la maternelle à l’université, recentrer les soins de santé primaires au sein du secteur public, suppression des frais à payer pour placer les enfants dans les garderies, promesse de financer les transports en commun et transition rapide vers un salaire minimum à 15 dollars de l’heure.

QS incarne des éléments contradictoires.  C’est un parti progressiste ou “de gauche”, mais loin d’être un parti travailliste ou socialiste. Son évolution est de plus en plus déterminée par des calculs électoraux. Le programme parfois radical du parti est souvent rogné par la direction pour ne pas trop s’écarter du consensus capitaliste libéral du Québec. Par exemple, QS a atténué son engagement envers l’objectif de la COP 21 de réduire les émissions de carbone de deux tiers d’ici 2030, afin de diminuer l’écart avec la position des partis néo-libéraux.

Par contre, QS a rejeté catégoriquement un pacte électoral avec le PQ. Et son programme s’incline vers la gauche, le démarquant de ses concurrents. QS représente une rupture partielle avec les partis de la classe dirigeante et pourrait offrir une vraie alternative, en ralliant les syndicats au parti et en proposant un programme clair pour la classe ouvrière.

C’est dans cette perspective que la Ligue pour l’Action socialiste lutte à l’intérieur et à l’extérieur de QS et lance un appel aux citoyens de se prononcer en déposant un vote critique pour QS.  Nous déplorons la décision du NPD provincial, récemment relancé, de présenter des candidats contre QS lors de cette élection. Cela divisera l’électorat de la classe ouvrière. Cette décision ne peut être motivée que par un réflexe sectaire et nationaliste fondé sur la loyauté envers l’État fédéral anglo-canadien. Le NPD provincial cherche à enlever des voix à un autre parti beaucoup plus établi de la gauche réformiste simplement parce qu’il offre une vision et un programme progressistes (mais, comme le NPD, à peine socialistes) dans le cadre d’un Québec indépendant.

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