Les gardiens des terres de Wet’suwet’en inspirent la solidarité

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La lutte contre le gazoduc Coastal GasLink (méthane) se poursuit

par Gary Porter

Il s’agit d’une histoire de sauvages blancs canadiens, affrontant des résistants indigènes non armés et pacifiques; l’histoire d’un État capitaliste blanc usant de mensonges, de lois blanches, de tribunaux blancs et une police armée jusqu’aux dents pour servir les intérêts du cartel pétrolier. Leurs «ennemis» sont les défenseurs des terres autochtones de Wet’suwet’en, qui résistent à un pipeline de méthane traversant leur territoire non cédé. Le gazoduc relie une importante opération de fracturation gazeuse à un énorme compresseur à Kitimat sur la côte du Pacifique pour produire du gaz naturel liquéfié. Ce qui resultera en une nouvelle montée des gaz à effet de serre menaçant la vie sur terre. Il s’agit d’une histoire de capitalisme blanc violant sans relâche et sans remords les droits des autochtones au nom du profit.

Le 8,9 et 10 février derniers, la GRC, sous les ordres du premier ministre NPD de Colombie-Britannique a lancé une attaque en règle contre les défenseurs des terres des Wet’suwet’en sous la direction de leurs chefs héréditaires. Ceux-ci font de nombreux efforts pour bloquer l’accès au site de construction du gazoduc Coastal Gaslink sur leurs terres non cédées.

Réagissant rapidement, les peuples autochtones ainsi qu’un nombre croissant d’alliés, dont des membres de Socialist Action à travers le Canada, ont organisé plus de 50 réunions, marches, rassemblements, occupations et barrages. Ils exigent «la GRC hors des terres de Wet’suwet’en. Non au pipeline. Changement de système, pas de changement climatique. »

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Les peuples autochtones ont été les défenseurs de leurs terres les plus braves et les plus constants contre les déprédations des énormes producteurs de pétrole et de gaz mettant leur soif de profit destructrice de la terre avant la vie. Alors que de plus en plus de Canadiens apprennent à comprendre la nature, les causes et les résultats du changement climatique, la lutte solitaire des peuples autochtones rassemble rapidement des alliés, en particulier chez les jeunes.

Un feu de cérémonie a brûlé sur les marches de l’Assemblée législative de Colombie-Britannique alors que les sympathisants des chefs héréditaires de Wet’suwet’en se joignaient aux manifestations à travers le Canada. Plus tôt, le pont de la rue Johnson à Victoria a été bloqué. Avant cela, l’énorme traversier de 475 voitures reliant l’ile de Vancouver au continent a vu ses opérations entravées pendant plusieurs heures.

Pendant trois jours, des manifestants, solidaires des chefs héréditaires de Wet’suwet’en et de leurs partisans, ont empêché les camions d’entrer ou de sortir des installations du port de Vancouver sur la rive sud de Burrard Inlet. Ce barrage a été demantelé par les forces policières le 10 février et des arrestations ont eu lieu.

“À perte de vue, il y a une file de camions qui attendent et qui n’entreront pas au port “, a déclaré la manifestante Isabel Krupp. “C’est autant de produits qui ne seront pas vendus et c’est une victoire.”

Le 9 février à Toronto, ce sont quelques 400 personnes qui ont bloqué la ligne ferroviaire de marchandises du CP et qui l’ont fermée pendant six heures.

À Belleville, en Ontario, une manifestation samedi a mis fin au service de VIA Rail entre Toronto, Montréal et Ottawa pour la deuxième journée consécutive. Le trafic de passagers et de trains de marchandises à grand volume entre Toronto, Montréal et Ottawa est au point mort.

À Montréal, guidés par le rythme du tambour de Marlene Hale, des dizaines d’étudiants et de sympathisants se sont rassemblés près du portail de l’Université McGill – leur souffle visible dans l’air froid – pour transmettre un message solennel.

Hale, une chef qui vit et travaille à Montréal, se nomme elle-même «la seule Wet’suwet’en au Québec». «Nous prions pour que personne ne soit blessé. Nous voulons qu’ils déposent leurs armes », a-t-elle déclaré.

“Voilà nos armes- des plumes”, a-t-elle ajouté, en désignant une plume d’aigle tenue par un supporter proche. «Comment pouvez-vous tirer dessus avec un fusil d’assaut? Sur les anciens, sur les jeunes qui sont des défenseurs des terres? »

“C’est tout ce qu’ils étaient”, a-t-elle ajouté. «Ce n’étaient pas des criminels. De toute évidence, aucun projet ne sera viable s’il est imposé par la force aux Premières nations. »

Bravant le froid d’Halifax, une cinquante d’opposants à Alton Gas dirigés par les grands-mères Mi’kmaq locales se sont rassemblés. Thunderbird Swooping Down Woman occupait un camp sur le site du projet Alton Gas. Lors du rassemblement, Woman a déclaré à la foule que les sociétés ne se soucient que de l’argent.

La lutte contre les grosses entreprises commerciales s’étend d’un océan à l’autre.

Vendredi, près de 100 personnes se sont rassemblées dans le hall de Canada Place, à Edmonton, pour exprimer leur solidarité avec les aînés héréditaires de Wet’suwet’en et demander à Alberta Investment Management Corporation de se désinvestir du pipeline côtier Gaslink.

Le rassemblement d’Edmonton, organisé par Climate Justice Edmonton et Beaver Hills Warriors, a transmis un message local à AIMCo, une société de gestion de placements basée en Alberta, pour qu’elle cède sa participation de 65% dans le pipeline.

Le 24 octobre 2019, le premier ministre NPD John Horgan, avec cérémonial et autocongratulation, a annoncé que l’assemblée législative de Colombie Britannique avait approuvé à l’unanimité la Déclaration des Nations Unies sur les droits des peuples autochtones (DNUDPA), la première au Canada à le faire. Lorsque l’DNUDPA a été adopté par l’ONU, le Canada a voté pour.

L’DNUDPA affirme explicitement le droit inviolable des peuples autochtones à l’autodétermination.   Ce droit comprend le droit d’établir leur propre forme de gouvernance, de préserver leur propre langue et culture, d’exploiter leur propre système de lois et de justice et de contrôler l’utilisation et le développement (ou le non-développement) des ressources sur leurs terres, La forme traditionnelle de gouvernement de nombreux peuples autochtones au Canada passait et passe encore par les chefs héréditaires, dont la plupart fonctionnent davantage par consensus que par diktat.

Les conseils de bande ont été créés en vertu de la Loi sur les Indiens de 1876, sans consultation des  peuples autochtones.

En vertu de l’envoi de flics fédéraux sur des terres autochtones, l’arrestation de défenseurs des terres autochtones sur leurs propres terres, des tribunaux prononçant des injonctions contre les peuples autochtones pour avoir bloqué un pipeline sur leur territoire et construit toute sorte d’autoroute, de chemin de fer, de pipeline, d’aéroport ou quoi que ce soit sur des terres autochtones sans leur accord libre et éclairé et par un processus de leur choix, sont des violations.

L’autodétermination comprend le droit de dire NON. Non à la pollution, non à l’intrusion, non au profit, non aux tribunaux. NON. En Alberta, Jason Kenney ministre de la droite musclée et complice de l’industrie pétrolière a récemment déclaré que permettre aux autochtones de bloquer le pipeline leur donnerait un veto. Et cela le choquait. Mais c’est précisément le sens de l’DNUDPA. Donner aux peuples autochtones un droit de veto.

Le méthane, sous forme de gaz, s’échappe de la terre lors de la fracturation. Il fuit tout le long du tracé du pipeline, et encore plus pendant le processus de compression. Il est impossible de le rendre étanche. Pendant 20 ans après sa libération, le méthane est 84 fois plus puissant que le dioxyde de carbone. Les Wet’suwet’en ont de bonnes raisons de s’y opposer.

Petronas, le partenaire principal de LNG Canada, a affirmé que le projet créerait 3 500 emplois au plus fort de la construction. Cependant, après l’ouverture du terminal, il ne restera que 200 à 300 emplois permanents. Les énormes unités de compression seront construites en Chine. Ces petits nombres contredisent l’affirmation ridicule du premier ministre Horgan de 10 000 emplois à long terme en Colombie-Britannique.

Avec de faibles taux de redevance, peu d’emplois, des subventions massives et la création de la plus grande source de GES en Colombie-Britannique, les seuls gagnants sont les grosses sociétés pétrolières et gazières.  Il est évident que les bénéfices réalisés par les entreprises sont la priorité numéro un pour le social-démocrate John Horgan. Il est tout aussi évident que l’DNUDPA ne signifie pas grand-chose pour lui. Lorsque le conflit a éclaté entre les droits des Wet’suwet’en et la construction du gazoduc, Horgan n’a pas hésité un seul instant. Il a déclaré que «l’état de droit» prévaudrait et que le pipeline serait construit. Par État de droit, il entend les lois racistes, les tribunaux et les équipes SWAT de la police de l’État canadien, et non UNDRIP. Mais l’accord avec GNL Canada est fragile. Les accords gaziers s’effondrent dans le monde entier. C’est pourquoi Horgan agit si impitoyablement. Si la lutte de Wet’suwet’en et le mouvement de solidarité internationale restent forts, il est fort possible que tout ce projet de GNL s’effondre – objectif louable pour le bien de notre planète, pour les droits indigènes, et pour saisir la puissance de la résistance de masse unie contre le capitalisme fossile.

Ligue pour l’action socialiste, tel (514) 804-7645 rmahoo3@gmail.com